segunda-feira, 7 de setembro de 2015

L'Extravagant Mr Ruggles

France 3, 0h40, film.

Leo McCarey, dont Ciné Cinéfil vient de programmer Going My Way et Bell's of St Mary's, deux splendeurs chantées par Bing Crosby, est connu des amateurs pour sa version tardive de Elle et lui (An Affair to Remember), mélodrame affreusement actuel dont il avait déjà, plusieurs dizaines d'années auparavant, donné la version originale, intitulée elle aussi Elle et lui (Love Affair). Ce qui constitue le noyau dur du système maccareyien, c'est sa découverte, rêveuse et marchande, de l'hétérogénéité et du malaise, sous les traits du couple comique par excellence, ces fabuleux Laurel et Hardy dont il écrivit, produisit et mit en scène les premières rencontres muettes contre nature (Putting Pants on Philip, lieu idéal du travestissement homo). McCarey explore ensuite systématiquement le hiatus sous toutes ses formes. Qu'il suffise ici de dire, à propos de cet Extravagant Mr Ruggles, que s'y trouve encore une fois déclinée la difformité tonitruante d'un valet anglais (prodigieux Charles Laughton), devenu prince du discours et de la démocratie dans un Far West de pacotille qui a oublié ses textes fondateurs, ceux qui ont fini par faire de ces Etats disparates des Etats-Unis. Quand Laughton lit Abraham Lincoln, tout Américain est ému aux larmes ­ et par extension tout citoyen d'un empire alors en voie de glaciation. Le cinéma américain aura atteint sa décadence définitive ­ et le degré zéro de son énonciation ­ quand il envisagera tranquillement, ce qui ne saurait tarder, de réaliser un remake de cet Extravagant Mr Ruggles littéralement incopiable.

SKORECKI Louis

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