quinta-feira, 10 de setembro de 2015

L'Or et l'Amour. Cinétoile, 21 h 20.

LOUIS SKORECKI 8 JUILLET 1998 À 07:26

L'un des plus beaux films du monde, rien de moins, pour inaugurer un été qui sera chaud, chaud, chaud. Great Day in the Morning, platement sous-titré l'Or et l'Amour, revient hanter les amoureux du cinéma de Jacques Tourneur. C'est le dernier volet (1956) de la sublime trilogie Tourneur-Joel McCrea, acteur méconnu, étrange, placide. Une trilogie commencée en 1950 avec Stars in my Crown, le film le plus étrangement personnel de Tourneur (et celui qui lui tenait le plus à coeur), et poursuivie avec Wichita (1955), une aventure fantomatique et désincarnée, proprement langienne, de Wyatt Earp. Difficile de décrire ou de résumer l'Or et l'Amour, un western qui ne ressemble à aucun autre western, une oeuvre tellement moderne et antimaniériste qu'elle apparaît aujourd'hui encore comme un Ovni. Amours délavées, fantômes virils, ralentissements classiques, on est bien dans la préhistoire du mélodrame guerrier. On imagine le tournage: deux adultes, un cinéaste et un acteur, déguisés en cow-boys, s'emploient à distraire des spectateurs en voie de crétinisation express. Ils ralentissent leurs mouvements, mangent silencieusement à la cantine, ne parlent pas beaucoup aux autres comédiens, ni aux techniciens d'ailleurs. Ce ne sont pas vraiment des «Hollywoodiens», plutôt deux intellectuels «européens» qui jouent à la guerre, ou au western si l'on préfère. Un dernier mot. Dans l'inénarrable 50 ans de cinéma américain, Bertrand Tavernier critique, sans le nommer, un texte des Cahiers du cinéma, qui serait «une erreur colportée depuis quarante ans par la critique cinéphilique, à propos de la «robe» jaune, si souvent évoquée, d'Ann Sheridan dans Appointment in Honduras (de Tourneur, ndlr)». Il insiste: «C'est en fait un déshabillé qu'elle enfile par-dessus sa chemise de nuit avant de s'enfoncer dans la jungle guatémaltèque.» Conclusion déprimée: «L'attachement fétichiste de certains cinéphiles pour ce vêtement explique peut-être, mais ne justifie pas, leur enthousiasme pour une oeuvrette qui nous paraît aujourd'hui à la limite du nanar.» Sans commentaire.

SKORECKI Louis

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