quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Madame porte la culotte

LOUIS SKORECKI 31 DÉCEMBRE 1996 À 02:19

Ciné-Cinéfil, 20h30.

Tout le monde connaît l'univers enchanté et cruel des films de George Cukor, son imagerie méchante, son thème obsessionnel (le mythe de Pygmalion), sans oublier sa réputation universelle et méritée de directeur d'actrices. Mais on oublie souvent qu'avant de se lancer dans ses chefs-d'oeuvre hyper connus (dans l'ordre chronologique, Sylvia Scarlett, le Roman de Marguerite Gautier, Indiscrétions, Une étoile est née, les Girls, My Fair Lady), Cukor a été un merveilleux auteur de comédies légères dont ce Madame porte la culotte (Adam's Rib) de 1949 est peut-être le plus parfait exemple.

C'est le sixième des neuf films tournés par le couple idéal (à la ville comme à l'écran) qu'ont formé Katherine Hepburn et Spencer Tracy, mais c'est aussi la première apparition remarquée d'une immense actrice, morte trop jeune pour avoir fait une réelle carrière, Judy Holliday (on a pu revoir il y a quelques jours sur France 2 le magnifique Un numéro du tonnerre qu'elle tourna pour Minnelli). Quelques mois avant que Cukor ne l'engage pour deux petits bijoux d'impertinence enjouée (Comment l'esprit vient aux femmes et Une femme qui s'affiche), Judy Holliday crève ici l'écran et vole littéralement la vedette à Hepburn et Tracy dans une histoire joliment farfelue où le couple s'affronte pour décider de l'innocence ou de la culpabilité d'une jeune femme (Judy Holliday précisément) qui vient de tenter de tuer son mari.

Tracy est assistant de l'avocat général (il doit donc défendre le mari blessé), Hepburn choisit pour le narguer (elle est avocate) de défendre l'épouse bafouée, qui a plus tiré sur son mari par désespoir que par haine ou jalousie. On appréciera le ping-pong sensuel entre Hepburn la féministe et Tracy le tendre macho mais, plus encore, le célèbre plan fixe de sept minutes dans lequel Judy Holliday confesse à son avocate comment et pourquoi elle en est venue à essayer de tuer son salaud de mari. Féministe et misogyne à la fois, ce très beau Cukor est sans doute la meilleure façon de finir l'année.

SKORECKI Louis

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