segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Maine-Océan

LOUIS SKORECKI 29 SEPTEMBRE 2004 À 02:19

Cinécinéma auteur, 8 h 30

Un quart de siècle sépare le premier long métrage de Jacques Rozier, Adieu Philippine, de son dernier vrai film, Maine-Océan. Qu'est-ce qu'on fait entre deux films aussi beaux, aussi atypiques, quand l'entre-deux dure vingt-cinq ans ? On s'occupe. Se remettre d'abord de l'échec d'Adieu Philippine, le plus extraordinaire feuilleton d'amour de l'histoire du cinéma. Se débrouiller ensuite pour faire deux films que personne ne réussira à voir, Du côté d'Orouet (1970) et les Naufragés de l'île de la Tortue (1976). Pour les Naufragés... c'est facile, le film n'est pas très bon. Avec Du côté d'Orouet, le plus beau Rozier, c'est plus dur, dans la mesure où son insuccès ne tient qu'à un détail, sa longueur. Trente ans avant les rires crétins de Star Academy, le spectateur n'est pas prêt pour 2 heures 40 de gloussements hystériques.

Et si Orouet n'était au fond qu'un pressentiment de Loft Story ? En enfermant dans un seul décor trois filles et un garçon (Bernard Menez, dans son meilleur film), Rozier filme tout ce qu'il aime, des gloussements de filles plein cadre et des petites culottes bord-cadre. Ce qui le sépare de son maître, Jean Renoir (qui aimait aussi que des grosses filles s'agitent devant sa caméra en battant des mains), c'est que Rozier ne fait pas dans le naturalisme, mais dans l'abstrait, dans le monochrome. Devant une cabine de plage, trois filles et un garçon posent pour l'éternité. Elles sont en tee-shirt jaune, serviette jaune autour des reins. La cabine est jaune, le ciré du garçon est jaune, le monde est jaune. C'est le plus beau cinéma, le plus beau monochrome du monde, plus fort que le bleu d'Yves Klein, plus émouvant qu'un Malevitch rose. La seule différence entre Yves Klein et Jacques Rozier, c'est que Rozier ne s'est pas suicidé. Il ne le pourrait pas. Son cinéma est toujours du côté de la vie. Si Maine-Océan est beaucoup moins radical qu'Orouet, c'est quand même un bel exercice d'exotisme intérieur.

SKORECKI Louis

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