segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Merlusse (2)

LOUIS SKORECKI 11 OCTOBRE 2004 À 02:31

Cinécinéma classic, 23 h 45

Ils ne sont pas nombreux, ceux qui savent s'étourdir à l'émouvante drôlerie du théâtre de la vie. Rappeler aux cinéphiles, ceux qui ne seront pas à l'orchestre quand on fera danser les couillons, que le cinéma et le théâtre, c'est pareil. Que ce soit filmé ou non n'a pas plus d'importance que ça. Il n'y a que les fétichistes du sens pour faire la différence. Merlusse n'a pas l'étrangeté prémoderne (ou postmoderne, c'est comme on voudra) de Cigalon, tourné lui aussi en 1935, l'année du plus beau Ford, Steamboat 'Round the Bend, mais il a une beauté presque bressonienne, une austérité géométrique qui n'étonnera que ceux qui pensent que Pagnol est le roi du naturalisme, comme d'autres sont les rois de la bouillabaisse ou du couscous aux sept légumes.

«Les enfants ne l'aiment pas. Ils l'appellent Merlusse, ils disent qu'il sent la morue.» Cette virée de Pagnol du côté de la haine ordinaire aurait été idéale pour Michel Simon, champion franco-français de l'inquiétante étrangeté métèque. Se rappeler Panique (Duvivier, 1946) ou la Poison (Guitry, 1951). Haine des autres, haine de soi, qu'est-ce qui est le plus insupportable ? Avec ses airs grandiloquents, le personnage de Merlusse («Il est borgne, il est laid, il a l'air sale»), joué de manière extravagante par l'acteur Henri Poupon (le client énorme de Cigalon), affublé d'un faux oeil de verre protubérant et d'une barbe de pope hassidique, dégage au fond une émotion plus poignante que celle de Michel Simon dans la Chienne, par exemple, tout simplement parce qu'elle est synthétique. Plus c'est faux, plus c'est vrai, c'est bien connu. Rellys qui chante en passant le balai dans Merlusse, le même Rellys qui hurle son amour à Manon des Sources, ça fait partie des couacs de la vie. Vous n'avez pas compris ? Tant pis.

SKORECKI Louis

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