segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Merlusse

LOUIS SKORECKI 30 SEPTEMBRE 2004 À 02:20

Cinécinéma classic, minuit 35

Ils ne sont pas nombreux, ceux qui savent s'étourdir à l'émouvante drôlerie du théâtre de la vie. Rappeler aux cinéphiles un peu simplets, ceux qui ne seront pas à l'orchestre quand on fera danser les couillons, que le cinéma et le théâtre, c'est pareil. Répéter que c'est la simple gesticulation dans l'espace de quelques couillons et couillonnes en quête d'amour et de sens. Que ce soit filmé ou non n'a pas plus d'importance que ça. Il n'y a que les fétichistes du sens pour faire la différence. Même s'il a été tourné en 1935, comme Cigalon, Merlusse n'en a pas l'étrangeté prémoderne, ou postmoderne, c'est comme on veut. Avec des films aussi sublimement bâtards que ceux du jeune Pagnol, du jeune Ford (Steamboat 'Round the Bend, 1935), ou du jeune Fassbinder (l'Amour est plus froid que la mort, 1969), on est autant dans l'avant que dans l'après-modernité, quelque part dans une zone d'aberration et de non-droit esthétique.

Monsieur Blanchard n'est pas un professeur comme les autres. «Les enfants ne l'aiment pas. Il est borgne, il est laid, il a l'air sale. Ils l'appellent Merlusse, ils disent qu'il sent la morue.» Comme avec Michel Simon dans Panique (Duvivier), comme dans les deux Poil de carotte du même Duvivier, il s'agit de haine. Haine des autres, haine de soi, qu'est-ce qui est le plus insupportable ? Le personnage de Merlusse, avec ses airs grandiloquents, a aussi quelque chose du Stroheim des Disparus de St-Agil. Il suffit à Pagnol d'aligner deux ou trois plans de gosses trop sérieux pour qu'il batte sur leur propre terrain Vigo, Malle, Truffaut, tous ces cinéastes qui n'en peuvent plus de ressasser leur enfance perdue. Pagnol serait plutôt du côté de Bresson. Il serait plutôt du côté de l'austérité, du côté de Sade, du côté du jansénisme sentimental. Vous trouvez tout ça un peu abstrait ? Raison de plus pour y revenir dans une dizaine de jours.

(A suivre)

SKORECKI Louis

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