quinta-feira, 10 de setembro de 2015

Mes petites amoureuses

LOUIS SKORECKI 24 AVRIL 2002 À 23:09

Ciné Classics, 20 h 45

Les films d'Eustache sont au cinéma ce que les livres de son ami Jean-Jacques Schuhl sont à la littérature, un moyen comme un autre de poser pour la postérité. La pose, ça se défend parfois. Le minimalisme de Jarmusch, par exemple, reste crédible en dépit du succès, de la mode, des appels de sirènes. Il pose en rocker tardif, mais c'est ce qu'il est. Le pire, dans les dérives parisiennes d'Eustache ­ quelque part entre les blagues potaches du Père Noël a les yeux bleus (22 h 40) et la prétention Coupole de la Maman et la Putain ­, conjugue les défauts sentimentaux de l'école du cinéma mièvre français (Vigo, Truffaut) et la vacuité du courant postbressonien maniériste, dont Benoît Jacquot a pu être un temps le bouc émissaire parfait. Regarder aussi les Mauvaises Fréquentations (23 h 25) et les deux versions de la Rosière de Pessac (0 h 10) pour s'en convaincre. L'échec aristo-artistique du provincial Eustache rime curieusement avec l'échec artistico-populiste de certains films de son ancien copain, Paul Vecchiali. Sauf que Vecchiali a signé Femmes, femmes, l'un des plus beaux films français du XXe siècle ­ et que c'est un producteur de génie, l'un des meilleurs représentants d'une profession considérée bêtement comme inférieure à celle de «cinéaste».

Une fois, une seule, Eustache a réalisé un vrai film, Mes petites amoureuses. Malgré son admiration transie pour le formalisme bressonien, cette glaciation des gestes qui étouffe le moindre geste, quelque chose de la maladresse adolescente passe à l'écran, à même l'écran. On peut même dire qu'avec ses acteurs gauches, vierges de toute préloftisation, de tout regard caméra, Mes petites amoureuses (1974) anticipe avec trois ans d'avance quelque chose de la gaucherie militante du Bresson le plus radical, le Diable probablement, un film dont la complexité émotionnelle, donc cinématographique, contraste avec le simplisme théâtral de plus de soixante-dix ans de cinéma «parlant». Maladresse sublime de l'acteur qui n'en peut plus, même de dos, de ne plus vouloir être là, à l'écran. La torture n'est jamais douce. Enfance d'acteur, raideur d'acteur, accent d'acteur ­ pour une fois, Eustache y est. Tout entier, il y est. Il ne ment plus, il ne pose plus. Dépouillement, austérité ­ une pose, mais on s'en fout. Le plus fou, c'est que les cinéastes préférés d'Eustache, cinéphile intelligent et érudit, sont là. Quelque part dans les rues de Narbonne, Robert Bresson et Leo McCarey marchent, main dans la main. Tu parles d'une rigolade.

SKORECKI Louis

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