segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Naked Kiss

LOUIS SKORECKI 9 NOVEMBRE 2004 À 02:55

Au fond, un tableau noir qui sert de story-board à Naked Kiss. On est à Hollywood, dans le bureau de Samuel Fuller, en juillet 1963. Le film s'appelle encore The Iron Kiss. Du «baiser de fer», on passera très vite au «baiser nu». Plus ambigu, moins tranchant. A droite, avec le cigare qu'il a fumé jusqu'à sa mort (même sur ses tournages calamiteux en Europe, il exigeait une livraison régulière de ses havanes préférés), c'est Samuel Fuller. A gauche, avec les lunettes noires et l'air défoncé du nightclubber, c'est moi. On reconnaît le cinéphile à son sourire idiot. De nos jours, c'est simple, plus personne n'est comme ça. Ceux qui étaient plus cons que moi, disons plus «vintage», sont devenus employés de banque ou éditeurs. Ou ils sont morts. Quand je vous dis que je suis un survivant. Regardez l'air narquois de Fuller. Regardez la bêtise radieuse sur le visage béat du jeune Skorecki. Fuller m'appelait, pour rigoler, «the new wave in magazines». J'ai encore dans la cave un 45 tours de Nat King Cole (où il chante la musique de The Crimson Kimono), dédicacé par Fuller, au «meilleur critique de la Nouvelle Vague». Le cinéma était nerveux, moi aussi. Le cinéma était con, moi aussi. Le cinéma était beau, moi aussi. Le cinéma, c'est toujours mieux avant. Toujours.

«Nouvelle Vague», disait Samuel Fuller. Nouvelle Vague, mon cul. Cette idolâtrie des Godard et des Moullet l'a tué, le vieux Fuller. Elle lui a fait croire qu'il était la réincarnation de Gance. Gance à Hollywood ? Imaginez un peu le désastre. Comparer le grand Fuller des 40 Tueurs et du Port de la drogue (superbe réédition chez Carlotta) au cinéaste explosé de Shock Corridor et de Naked Kiss (1962-1963, belle édition Wild Side). Deux tentatives de suicide. Deux suicides réussis. Il ne restera plus ensuite au vieux Fuller qu'à venir faire le singe à Paris. Aimer Un grand amour de Beethoven à ce point, ça rend sourd. Beethoven, mon cul. Gance, mon cul. Fuller, où que tu sois, je t'embrasse. Sur la bouche.

SKORECKI Louis

Cinécinéma classic, 22 h 25.

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