quinta-feira, 10 de setembro de 2015

Nuit et Brouillard

Arte, 0 h 35

Par Louis SKORECKI

N'en déplaisent à Adorno, Lanzmann, et tous ces jolis messieurs qui hurlent à la fin du cinéma et de la poésie après les camps d'extermination et les chambres à gaz, il y a de la poésie et du cinéma dans ce film (30 minutes) du jeune Resnais. Parle-t-il des Juifs au moins ? Non. C'est même pour ça qu'il est immaculé, exemplaire. Les Juifs, ça fait toujours sale. Ils sont toujours en trop. Trop de Juifs tués d'un seul coup par les milices hitlériennes et leurs alliés (ne pas oublier la France collabo, celle qui marche la tête haute des années après que les Allemands ont fait repentance).

Le jeune Resnais décrypte avec une logique froide la machine à tuer (celle qui arrache l'or des dents, celle qui extrait la graisse des corps pour en faire du savon, celle qui rentabilise le système capitaliste de la solution finale), mais, s'il parvient à cette effrayante froideur, c'est que le Juif moderne n'est pas encore né, et la passion juive qui va avec. Après, ce sera une autre histoire (à quoi rime dans Shoah de supplicier le paysan polonais au simple fait qu'il soit de basse extraction ?). Seul le beau feuilleton télé Holocauste, éducatif et frontal, sut en son temps retrouver la logique éducationnelle de Nuit et Brouillard sans se brûler les ailes au sceau de la vengeance, de la terreur, de la honte. Savoir gré au jeune Resnais d'avoir été là avant l'invention du Juif. Il te remercie.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog