quinta-feira, 10 de setembro de 2015

O Brother

LOUIS SKORECKI 17 JUIN 2002 À 23:57

Rappeler d'abord que tout ce qui se cache derrière ce mot commode de country music (ballades appalachiennes, bluegrass, hillbilly, western swing, rockabilly...) constitue l'essence américaine de la musique populaire, autrement dit la musique en ce qu'elle a de natif, d'archaïque, d'américain. Si on met de côté les piailleries peinturlurées des chamans indiens, c'est la seule musique indigène, la seule musique ethnique, de l'Amérique du Nord. Une fois qu'on a dit ça, la non-catastrophe atypique d'un film aussi roublard que O Brother coule de source, la musique étant la seule source à laquelle s'abreuve ce film lourdaud et imbécile ­ une coenerie prétentieuse de plus, occupée à vendre sans effort, à un public convaincu d'avance, la plus-value misérable qu'on appellera, faute de mieux, second degré. Adapter l'Odyssée à l'écran, pour les frères Coen, c'est juste en faire une BD graisseuse à gros traits. «Humour», comme dit l'autre.

Les Coen n'avaient simplement pas prévu que la musique serait si légère. Pouvaient-ils deviner, ces deux zonards urbains, la subtilité presque éthérée des ballades appalachiennes et des square dance en salopettes ? Ils voulaient du kitsch, ils ont eu de l'art. Ils croyaient filmer Yvette Horner, ils ont eu les déchirantes harmonies du blues blanc, revues et corrigées par les deux producteurs de la bande-son du film, le rocker religieux T Bone Burnett et la princesse du revival country-folk, Gillian Welch, deux néofondamentalistes qui ont biberonné au yodel de Jimmie Rodgers et surtout aux hymnes religieux de la Carter Family (on trouve facilement, pour le prix d'un CD import, un beau coffret de quatre disques JSP/Socadisc, soit l'intégralité des séances Decca entre 1924 et 1931). Une paire de fantômes hante littéralement O Brother, ce sont les Stanley Brothers, duettistes hillbilly auxquels les dissonances pré-Beatles des Everly Brothers doivent tout. On n'est pas près d'oublier O Death, sautillante complainte de mort qui fait vieillir instantanément les trois quarts de l'oeuvre de Dylan, fan de la première heure. Du coup, à plus de 75 ans, Ralph Stanley vend plus de disques qu'en cinquante ans de succès. Man Of Constant Sorrow et Clinch Mountain Sweethearts, ses deux derniers CD, ont atteint des chiffres astronomiques. Mieux vaut se procurer les premiers titres des Stanley Brothers, réédités avec une ferveur maniaque par John Fahey (Revenant). On n'en revient pas.

SKORECKI Louis

Canal +, 23 h 10.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog