quinta-feira, 10 de setembro de 2015

Paris Première, 21 h. «Opération jupons», film Edwards ou l'art du mauvais goût.

Par Louis SKORECKI — 14 août 1997 à 07:29

Blake Edwards est un illustre cinéaste méconnu. Derrière ses seuls vrais succès critiques et publics (la série des Panthère rose, le film-culte Victor, Victoria, et le chef-d'oeuvre des chefs-d'oeuvre, la Party) se cache un réalisateur légèrement inconsistant, mais en même temps au style follement généreux et capable d'atteindre des sommets de lyrisme ou d'intimité. Opération jupons est, en 1959, le premier film important, au point de vue chronologique, de cet auteur authentique. A partir d'une trame a priori un peu conventionnelle (le commandant Matt Sherman décide de renflouer et de remettre en état le Sea Tiger, un sous-marin américain qui vient d'être coulé à quai par un raid de l'aviation japonaise), Blake Edwards se lance dans une comédie loufoque qui témoigne largement de son attachement aux burlesques muets qui ont nourri son enfance. Car, si son père était directeur de production à Hollywood, son grand-père a fait encore bien mieux puisqu'il était, à ce qu'on raconte, le réalisateur préféré de la célèbre vamp du muet Theda Bara.

Le vrai sujet d'Opération jupons se cache bien sûr derrière les manoeuvres de drague outrancière du commandant (le très beau Cary Grant) et de son second, le lieutenant Nick Holden (le carrément trop beau Tony Curtis). En effet, une flopée de femmes militaires s'offrent à bord à leurs regards concupiscents. Hystériques poursuites entre mâles et femelles tout autant déchaînés, le film se situe résolument du côté de la parodie et affiche un art du mauvais goût des plus réjouissants. Comme son ami Richard Quine, grand styliste de la comédie loufoque et du mélodrame outré, amant méconnu de la belle blonde Kim Novak, suicidé trop jeune un beau jour de déprime à Hollywood, Blake Edwards demeurera longtemps une énigme. Grand esthète décadent ou producteur de formes contemporaines, vives et curieuses (il ne faut pas oublier Peter Gunn, la série farfelue qu'il imagina pour la télévision, sorte de Mystères de l'Ouest avant l'heure), artiste expérimental ou petit artisan hollywoodien, la vraie nature de ce cinéaste à la fois irrégulier et exigeant révélera peut-être encore, sur le tard, quelque chef-d'oeuvre surprenant de la maturité d'un grand enfant grandi trop vite.

Louis SKORECKI

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