quarta-feira, 2 de setembro de 2015

Peau d'Ane (2)

Cinécinéma Classic, 18 h 40.

Par Louis SKORECKI

On parlait de travestis, rappelez-vous. Et si le cinéma, tout le cinéma, n'était que déguisement d'enfant, travestissement, jeux jolis ou horrifiques pour échapper à la réalité, là où il fait trop clair, trop jour. Là où la lumière est aveuglante, comment rêver ? Comment danser ? Comment chanter ? Dans le noir de la salle de cinéma, tout est possible. S'il y a quelqu'un qui savait ça, c'est bien le jeune Demy.

Il n'a même pas 40 ans quand il se lance avec Mag Bodard dans l'aventure Peau d'Ane. Se rappeler que Demy a fait son plus beau film, Lola, en 1961, à 30 ans, avant de faire chanter les soeurs Dorléac dans les Parapluies de Cherbourg et les Demoiselles de Rochefort.

Qu'une jeune fille se glisse sous la peau d'un âne ou qu'un Blanc se glisse sous la peau d'un Noir, quelle différence après tout ? Il s'agit juste de gommer la différence, de différer la peur de l'autre, celui qui a des grosses lèvres (le Noir) ou des gros seins (la jeune fille). Rappeler qu'Emmett Miller fut le seul black minstrel à enregistrer ses chansons mutantes, pré- country, pré-rock, pré-pop (tout se trouve sur un seul CD, Minstrel Man From Georgia, Sony/Legacy), et que le résultat, ni blanc, ni noir, ne ressemble bien sûr à rien de connu : stridences transgenre, hurlements de yodels extraterrestres, on y perd son latin.

Pareil pour Demy : si une féerie comme Peau d'âne a bel et bien des repères (Perrault, Cocteau), sa beauté et son éternelle jeunesse lui appartiennent en propre.

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