quarta-feira, 2 de setembro de 2015

Peau d'âne

Cinécinéma Classic, 23 h 40

Par Louis SKORECKI

Ne pas oublier que le cinéma de Demy ne va pas de soi. Disons qu'il se mérite. Disons qu'il faut y aller de son âme d'enfant, pour peu qu'on en ait une. Qui d'autre qu'une fillette croirait à ces histoires d'amours déviantes ? C'est quoi, «déviantes» ? dit une petite voix. Comment te dire, mon enfant ? Dis-moi quand même, mon petit papa, insiste la toute petite voix sous la table. Si tu restes sous la table, je n'y parviendrai pas. A quoi, papa ? A te dire, je n'y arriverai pas.

Et si je sors ? Sors d'abord, on verra. Je suis sortie, raconte-moi, papa.

Veux-tu te marier avec moi, d'abord ? Si tu le veux, papa. Tu es le plus beau papa du monde, je ferai ce que tu voudras, quand tu voudras. Malheureuse ! crie papa, tu n'y es pas. Où ? dit la petite fille. On est dans la vie, pas dans un film. C'est quoi la différence ? Si tu vois Peau d'âne, tu comprendras. C'est quoi, Peau d'âne ? Un film, malheureuse, un film. C'est quoi un film ? Des images qui bougent, malheureuse. Un dessin animé à la télé, c'est ça ? Non, c'est de la télé avec de vraies gens. Comme Ardisson, alors ? Oui, mais sur grand écran. C'est quoi «grand écran» , c'est un plasma 42 ? Non, c'est dans une salle. Une salle de quoi ? De cinéma, malheureuse. Pourquoi dis-tu toujours «malheureuse» ? C'est Peau d'âne, j'ai peur pour toi. N'aie pas peur, petit papa. On se marie quand, alors ? Ne dis plus ça, malheureuse. Tu ne m'aimes plus, papa ? Je t'aime trop, au contraire. Ne va jamais au cinéma, tu promets ? Oui, papa, oui.

(A suivre)

Nenhum comentário:

Arquivo do blog