segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Petits Arrangements avec les morts

LOUIS SKORECKI 26 MARS 2001 À 00:11

Cinestar 1, 20 h 45.

Varda, Ferran, on est dans les temps. Avec un Maya Deren (Meshes of Afternoon), un Duras (Des journées entières dans les arbres), un Yvonne Rainer (Film About a Woman Who), un Akerman (Je, Tu, Il, Elle), un Claire Simon (Sinon Oui), on aurait eu les sept films de femme les plus importants des soixante-dix-sept dernières années. Mais, bon, la Pointe courte hier, Petits arrangements avec les morts aujourd'hui, pas de raison de faire la moue. Mélo ardent, éclairé par la lumière froide d'Audierne, une lumière bretonne jusqu'à la Chine, orientale jusqu'à la mort, le beau film de Pascale Ferran accouche d'une théâtralité rieuse et d'acteurs cassants comme le verre, Didier Sandre, Catherine Ferran, Charles Berling (un Berling pas encore starifié, au risque de l'emphase et du ridicule), acteurs presque déconnectés qui récitent leurs dialogues comme autant de poèmes en prose.

Trois récits, trois regards, un puzzle gamin qui s'écroule comme un château de sable dès qu'on croit l'avoir reconstitué. Qu'est-ce qu'un enfant, un adulte, une famille, une tribu? Interrogations pointues sur des questions banales, rarement posées au cinéma. Dire qu'on retrouve les mots même de Salinger, ceux qu'il met dans la bouche des Glass, n'implique pas qu'il s'agit d'un pastiche quelconque, d'un effet de rime, d'une citation. Plutôt une question, travaillée au corps des acteurs et des personnages: de quel type de méfiance envers la poésie, méfiance profonde, savante, littéraire, naît la poésie? Qu'est-ce qu'un souvenir d'enfant dans la bouche trop grande d'un garçon trop grand ­ un adulte? Qu'est-ce qu'un rêve, une obsession, un ressassement, au cinéma? S'y mettre à deux, comme les Dardenne, comme Dupont et Dupond, comme Trividic et Ferran, pour construire le château d'une araignée d'un nouveau genre, avec un prince d'un nouveau genre, un amour d'un nouveau genre, sans prendre l'enfant-spectateur par la main, surtout. Pour écrire un conte, le mode d'emploi est perdu. Ferran essaye quand même. La rareté de ses films prouve combien c'est difficile.

SKORECKI Louis

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