segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Playtime

LOUIS SKORECKI 10 JANVIER 2003 À 21:44

Arte, 0 h 05.

En revoyant Mon oncle (dix ans avant la sublime catastrophe de Playtime, c'est la perfection même), des airs tourbillonnent dans la tête des spectateurs, des airs immortels, des airs de Paris. «Tu me fais tourner la tête/ Mon manège à moi, c'est toi». Paroles de Jean Constantin, musique de Norbert Glanzberg. «J'aime flâner sur les Grands Boulevards». Musique de Norbert Glanzberg. «Padam, padam, padam/ C'est un air qui me montre du doigt». Musique de Norbert Glanzberg. Montand, Piaf, c'est lui. Glanzberg, qui avait travaillé avec Alban Berg et Max Ophuls, c'est le merveilleux petit juif polonais, le petit juif parisien qui a composé les quelques notes têtues, ivres d'elles-mêmes, qui font tourner Mon oncle en rond comme une ritournelle, comme un refrain d'images. Mon oncle, c'est Glanzberg, Playtime, c'est Francis Lemarque. Lemarque et Glanzberg, pour ceux qui ne le savent pas, c'est comme les frères Gershwin, comme deux rues de Ménilmontant quand il fait soleil.

Tati, c'est de la musique et rien d'autre. Des films muets sonorisés par un Charlot vicieux qui se prendrait pour Bresson ou Melville. Des peintures d'Edward Hopper parcourues par les bruits incongrus de la basse-cour humaine. Les personnages de Tati seraient médiocres sans la musique. Ils seraient trop petits, trop français, trop cons. C'est là que la mélancolie juive de Glanzberg, de tous les Glanzberg du monde, de tous les Francis Lemarque du monde (Nathan Korb, de son vrai nom), égrène sa poisse joyeuse au détour des images. Comme un signal d'alarme, un signal d'harmonie retrouvée. Norbert Glanzberg dans Mon oncle, Francis Lemarque dans Playtime, deux habilleurs de rêve, deux tailleurs des rues, deux siffleurs d'amour. Sans l'humanité de ces airs heureux, de ces airs légers, de ces ritournelles qui sont la vie même, Tati serait sinistre comme la mort. Sur Tati, le Ozu français, on a tout dit. Fascination du désastre, noirceur d'encre, gags démultipliés jusqu'à l'abstraction. Un petit juif vient siffler sur les images et elles bougent. On dirait même qu'elles rigolent, c'est dire.

SKORECKI Louis

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