quinta-feira, 10 de setembro de 2015

Première Victoire. 19h30, Cinétoile.

Par Louis SKORECKI — 11 février 1998 à 20:03

Le grand méconnu de cette semaine cinéphile où se célèbre le génie malingre d'Howard Hawks (sur lequel nous reviendrons demain), c'est sans conteste Otto Preminger, le plus mal aimé des grands auteurs hollywoodiens. Exception faite de Laura, un film dont la perfection onirique a fait un classique qui échappe à son auteur, ses autres films sont aujourd'hui oubliés, voire méprisés. Première Victoire est rarement montré à la télévision car il fait partie des grosses machines romanesques tournées par Preminger entre 1959 et 1967, des films dont le pathos dérange en nos temps de fictions frileuses. Ce sont pourtant là ses films les plus modernes, ceux avec lesquels on vit le plus longtemps. D'Autopsie d'un meurtre, son chef-d'oeuvre absolu, à Hurry Sundown, mélodrame méconnu, en passant par Exodus, une saga romanesque qui nous console des maniérismes mesquins et répétitifs de Shoah, Preminger invente un genre à part entière, ce fantastique social dont rêvaient les initiateurs du réalisme poétique. Il explorera ainsi avec génie la politique (Tempête à Washington) et l'Eglise (le Cardinal), avant de se lancer dans les fulgurances guerrières de Première Victoire, une manière épique d'exorciser le traumatisme de Pearl Harbour. Le film a la lenteur inexorable des plus beaux procès et impose un couple plus grand que nature, John Wayne et Patricia Neal, celle-là même que Ford avait choisie pour son film testament, l'étonnant Frontière chinoise. De tous les cinéastes du fantasme considéré comme l'un des beaux-arts (Minnelli, Buñuel, Fuller), Preminger est peut-être celui qui poursuit le rêve le plus loin. Il rappelle ainsi avec virtuosité à quel point tout grand film est intemporel et immatériel, d'autant plus inaccessible à une critique immédiate qu'elle s'attacherait à ses péripéties et à ses images. S'il faut près de trente-cinq ans pour rendre compte de Première Victoire, c'est qu'il faut à peu près aussi longtemps pour l'oublier. Le vrai film commence quand il n'en reste rien, dans une extinction éblouissante de clarté.

Louis SKORECKI

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