segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Quai des Orfèvres

LOUIS SKORECKI 13 MARS 2006 À 20:36

CINECINEMA CLASSIC, 12 h 50.

Dire d'abord que c'est un film de qualité, la qualité de l'après-guerre (1947). Un Clouzot, du sérieux. Mais c'est aussi un polar vieillot, avec des voix crachotantes à peine sorties du brouillard optique. A quoi bon voir ou revoir ça ? Il n'y a pas trente-six raisons, il n'y en a qu'une. Ce sont les voix, celles qui trahissent les corps plus qu'elles ne devraient. La voix rieuse et chantante de Suzy Delair, la voix instantanément reconnaissable de Bernard Blier, malheureuse, plaintive, blessée. La voix de Charles Dullin aussi, une vieille voix de théâtre qu'on croyait ne devoir jamais entendre. Mais c'est surtout la voix de Jouvet qui compte ici. Elle compte partout, faut dire, cette voix cassante d'asthmatique à peine repenti. Elle vaut Humphrey Bogart et John Garfield, Jean Gabin et Michel Simon, Charles Laughton et John Wayne. La voix de Louis Jouvet, c'est le cinéma.

On sait bien que Louis Jouvet, c'est le cinéma, dira-t-on. Pas sûr. Sait-on encore, en ces temps de fétichisation de l'image, cette pute qui n'a pas grand-chose à voir avec le cinéma, que c'est la parole qui le fonde, le cinéma ? Sait-on que la télévision, c'est le cinéma parvenu à ses fins, et qu'un Maigret avec Jean Richard vaut un Murnau ? Vous ne dites rien. Vous êtes pâle, soudain. Vous pensez que Skorecki dérape, qu'il faut le virer et donner sa chronique à quelqu'un qui parle des films, qui fasse de vraies fiches cuisine pour cinéphiles pointus. Pointus, mon cul. Le cinéma n'existe qu'en tant qu'il parle, rauque ou suraigu, optique ou magnétique, comme le sublime théâtre filmé qu'il n'a jamais cessé d'être, un théâtre où la respiration lyrique et saccadée de Louis Jouvet tiendrait lieu de scène primitive. Une scène d'avant la maladie, d'avant la peste. Avez-vous remarqué que Claude Brasseur a la voix de Pierre ? Qu'Audiard fils a la voix d'Audiard père ? Le cinéma aurait-il un avenir ? Le cinéma passe par là. Nulle part ailleurs.

SKORECKI Louis

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