segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Quai des Orfèvres

13 SEPTEMBRE 2006 À 23:16

LOUIS SKORECKI

Faut-il absolument dire l'importance des acteurs dans le cinéma français ? L'un des rares livres signé Luc Moullet, l'un des deux derniers grands critiques de cinéma (et l'un des deux derniers vrais cinéastes en activité), ne s'appelle pas pour rien la Politique des acteurs. Les acteurs font les films. Ne pas quitter Jouvet du regard dans Quai des Orfèvres, c'est la moindre des choses. Ecouter aussi le père Blier, celui qui a la même voix que son fils, Bertrand (c'est d'ailleurs la seule chose qu'il a de son père, le pauvre). Ces deux corps, ces deux voix, c'est le cinéma français. Clouzot n'est ici qu'un témoin de son film, une caméra vivante, un enregistreur.

Sa caméra reste à distance, elle s'approche doucement, prudemment, de ces deux acteurs qui ne sont pas pour rien des monstres sacrés du cinéma français. La voix de Jouvet est cassante, nasale, haut perchée. Elle reprend son souffle dans de drôles de saccades, des hoquets d'asthmatique, ceux d'un homme qui respire mal et qui a fait de ce handicap une leçon d'énonciation : distanciée, brechtienne. La manière de Blier est plus douce, plus plaintive, plus criarde. C'est une voix qu'on reconnaît instantanément, une voix de tête.

Ces deux-là sont des maîtres de diction, ils ne courent pas après le texte, c'est le texte qui s'accroche à eux. Le petit Luchini dit que Blier est le plus grand acteur français. Et s'il avait raison ?

SKORECKI Louis

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