segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Rendez-vous de juillet. La 5e, 16 h 40.

LOUIS SKORECKI 5 JUILLET 1999 À 23:50

Désuet, désenchanté, moderne, Jacques Becker est le cinéaste de l'amitié amoureuse et de l'épopée individuelle. Un demi-siècle presque jour pour jour après sa mise en boîte, Rendez-vous de juillet a toujours la fraîcheur idéaliste d'un conte de fées et le sérieux d'une enquête sociologique, autant de qualités concurrentes qui lui donnent une drôle d'allure de reportage éthéré. Imaginer sa vie, c'est ce qui intéresse en premier lieu ces cinq ou six copains, trop sérieux pour s'aventurer trop tôt dans des plans de carrière, trop gamins pour ne pas rêver déjà de changer le monde. Sur fond de jazz, leurs destinées se font et se défont, au rythme des mélodies adolescentes de Jean Wiener et des improvisations New Orleans de Mezz Mezzzrow. La jeunesse des comédiens, leur virginité cinématographique, donnent aux personnages qu'ils interprètent une sorte de grâce boudeuse, un élan de dandysme dérisoire, un naturel étrange. Plus étrange encore, ces qualités fragiles ne vont pas les lâcher au cours de leurs carrières respectives: comme si, d'avoir été choisis, anonymes, par la main légère de Jacques Becker, les avait rendus éternellement jeunes. Que ce soit Daniel Gélin ou Maurice Ronet, Brigitte Auber ou Nicole Courcel, on a l'impression que l'adolescence rêveuse et farouche de Rendez-vous de juillet ne les a plus quittés. Que faut-il préférer ici? Un naturalisme bavard et délicat, qui annonce le pire du cinéma français à venir (Eustache) et le meilleur (Rozier)? Une vague ethnologie de la paresse? Le chassé-croisé d'émotions mineures au service de décisions majeures? On a cru voir dans ce groupe d'étudiants indécis, traînant leur optimisme sautillant dans les caves de Saint-Germain-des-Prés, le portrait d'une époque et d'une jeunesse en pleine mutation. Becker s'en est toujours défendu. Dans son morcellement extrême, son cinéma recompose la vie avec un sens de la nuance qui est tout sauf classique. Amoureux de ses personnages, il place l'art de l'acteur au dessus de l'histoire, avec un sens du mélodrame étrangement exigu. Tout Cassavettes est déjà là.

SKORECKI Louis

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