segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Rosine. Arte, 22h25.

LOUIS SKORECKI 10 NOVEMBRE 1997 À 13:36

Voici un très joli film. Comment ne pas donner à ce mot, «joli», une connotation qui ne soit pas négative? Au moment où les jeunes auteurs se laissent aller si souvent, dans leurs premiers films, à un nombrilisme maniéré (ce qui ne veut pas dire que nombrilisme et maniérisme soient des voies inintéressantes), Christine Carrière a choisi avec son Rosine, sorti il y a deux ans, un angle nettement plus attachant, celui de l'ultranaturalisme en sourdine. Dans la droite ligne du Pialat modeste de Passe ton bac d'abord , elle s'invente un récit familial et provincial qui évite le misérabilisme de son point de départ: les rapports amoureux et conflictuels entre une fille de 14 ans, active mais déboussolée (la Rosine du titre), et sa jeune mère, Marie, qui ne doit pas avoir dépassé la trentaine, travaille en usine et traîne sa pauvre vie de fille facile dans une petite ville du Nord, quelque part sur la route entre Paris et Calais. Dès le départ (Rosine à vélo chantant les numéros des maisons, surprise en panoramique complice), quelque chose du pari initial est gagné. Avec une ritournelle qui se met à jazzer, le film installe ses musiques de karaoké sauvage. Elles accompagnent tendrement cette Rosine attachante (formidable Eloïse Charretier) dans sa quête d'amour pour sa maman (ancienne fille mère), pour un père qui surgit de nulle part et qui finira par la violer (partie faible du film), pour une copine boulotte, Yasmina (Aurélie Vérillon), dont on aperçoit en deux flashes virtuoses la famille arabe et nombreuse. Avant de disparaître du film (pour aller faire chanteuse), Rosine se sera assurée de notre amour, comme l'avaient fait avant elle, bonnes références, les héroïnes de Philippe Faucon (plus rigoureux) et les jeunes filles en fleur de quelques boums enchantées de Tous les garçons et les filles (la révoltée de Mazuy, la tremblante d'Akerman). Référencé mais innocent et inventeur, Rosine s'achemine ainsi, entre patients plans-séquences et caméra à distance, sur un double parcours joliment neuf.

SKORECKI Louis

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