quinta-feira, 10 de setembro de 2015

""Sabine"": Dérive ouatée

03/04/1995 à 04h30

SKORECKI Louis

Dérive ouatée

Dans le paysage de ce que d'aucuns nomment la nouvelle Nouvelle Vague, Philippe Faucon occupe une place de choix. En deux films, l'Amour et Sabine, il a su installer un univers bien à lui, attaché à décrire de l'intérieur les émois de l'adolescence.

On a déjà pu voir l'Amour sur Arte et s'étonner de sa fluidité si moderne, quelque part entre Eric Rohmer et Robert Bresson. Arte diffuse ce soir Sabine, un film de cinéma produit par la télévision (la Sept/Arte) tout comme le prochain film de Philippe Faucon, Muriel fait le désespoir de ses parents, qu'on pourra aussi bientôt voir sur Arte.

Sabine s'inspire de la Vie aux trousses, un récit d'Agnès L'Herbier mis en forme par Françoise Huart. D'ailleurs, Catherine Klein, qui joue l'héroïne avec une ferveur toute retenue, porte elle aussi le prénom d'Agnès. Ce n'est que dans la seconde partie de sa courte vie qu'elle changera de prénom et se rebaptisera elle-même Sabine.

Agnès avance dans la pénombre d'un appartement. Elle s'habille dans la nuit bleutée, fait sa valise, arrache une page d'un cahier et griffonne un mot d'adieu. C'est ainsi qu'elle quitte son père pour aller vivre sa jeune vie ailleurs.

Agnès suit un garçon, Jérôme, joué avec une sorte de recul timide par Mark Saporta. On ne voit rien de leur amour, seulement leur réveil. Sans qu'un mot soit échangé, on a compris qu'un couple vient de se former.

Le film connaît alors une sorte de douce accélération. Agnès s'évanouit en classe et apprend qu'elle est enceinte. Faut-il garder l'enfant? Jérôme: «T'as envie, toi?» Agnès: «Je sais pas.» Au matin, le garçon décide: «OK, on le garde.»

C'est alors que la mère de Jérôme, Nicole (Sylvia Haunetto), fait son entrée dans la fiction. Avant même l'accouchement, elle envie Agnès de pouvoir enfanter. Peu à peu, elle va enlever l'enfant d'Agnès. La jeune fille résiste mais n'est pas de taille. Timide, fragile, elle se laisse peu à peu enlever son petit garçon.

Sans qu'on s'en rende compte, Agnès devient Sabine. Junkie et prostituée, elle s'abandonne peu à peu à une vie de galère. Nicole a définitivement obtenu la garde du petit garçon d'Agnès. Qui devient séropositive. Aucune dramatisation, juste une malédiction qui vient, comme ça. La force de Sabine, c'est de naviguer dans une sorte de douceur ouatée que rien ne vient déranger. Et on s'étonne à peine de voir la sérénité de Sabine et de son jeune fils, réunis encore une fois. Des instants de bonheur rares. Les derniers?

LOUIS SKORECKI

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