segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Sexe, mensonges et vidéo

LOUIS SKORECKI 9 SEPTEMBRE 2003 À 00:54

Dans toute histoire, il y a un quelque chose (la jalousie, l'incompréhension, un poste de télévision) qui fait écran. Dans toute histoire sommeille une stratégie, d'autant plus décelable chez un cinéaste comme Steven Soderbergh qu'il n'est que stratégie. Calculer les rapports (de force, d'argent, de séduction), c'est évidemment son fonds de commerce. Dès Sexe, mensonges et vidéo (1989), il s'avance au grand jour, non masqué. Ce qui fait toujours écran chez lui, c'est le désir. S'il y a du désir (entre le héros dragueur, James Spader, et sa proie d'amour, Andie McDowell), le désir est assez malin pour rester caché. Ce n'est pas ici qu'il se fera attraper par la queue. Il n'y a en face de moi ni violence, ni turgescence, se dit la fille. Elle n'a rien à craindre, elle peut s'ouvrir.

Faire mouiller une fille qui ne mouille pas, c'est une stratégie de séducteur au long cours. Les pédés savent depuis longtemps qu'ils attirent toujours un certain genre de filles, affolées de ce qui se manifeste à l'improviste du désir de l'autre. L'obscénité pavlovienne de ces pulsions, c'est ce qui ne cesse, dans Sexe, mensonges et vidéo, d'être remis à plus tard. Merveilleuses stratégies qui en disent long sur le refus de l'animalité dans les sociétés unisexes d'aujourd'hui, obligées d'héberger comme elles peuvent les pulsions les plus normatives, donc les plus bestiales. Soderbergh a su très bien médiatiser mieux ces problèmes avec une simple caméra vidéo. C'est un dispositif ingénieux, qui masque à merveille ce qui fait d'ordinaire gonfler le pantalon des hommes. «Vous avez un revolver dans votre poche, ou c'est le simple plaisir de me voir ?», demandait Mae West à un galant. «Mais non, ma chérie, c'est juste ma caméra», répondrait Soderbergh. Au fond, qu'importe que ce soit gros pourvu que ça marche. Et pour être gros, c'est gros.

SKORECKI Louis

CinéCinéma Auteur, 0 h 15.

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