segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Soudain l'été dernier. Arte, 23h10.

LOUIS SKORECKI 11 NOVEMBRE 1997 À 13:45

Joseph Mankiewicz n'est pas le premier venu. Ce cinéaste, qui révéla sur le tard à quel-ques festivaliers deauvillais effarés sa vraie nature réactionnaire et antipathique nous a laissé une bonne dizaine de chefs-d'oeuvre absolus, ce qui le place dans le peloton de tête des hollywoodiens lyriques, bien derrière le mélodramatiquement méconnu John Stahl, mais bien devant des surévalués bavards comme John Huston. Le bavardage, précisément, fut le thème favori de ce cher Joseph. C'est d'ailleurs en habile confectionneur de trames et de répliques sophistiquées que Mankiewicz fait ses jeunes armes. Un seul film suffit, fort justement, à le rendre célèbre, l'idéal Eve. Hormis ce méchant mélo bavard, Mankiewicz nous laisse la Comtesse aux pieds nus, un autre mélo frigide et éclaté, Letter to Three Wives, soit plusieurs racontars femelles en montage parallèle hystérique, l'Affaire Cicéron, chef-d'oeuvre d'espionnage dérisoire esthétiquement gore, Toute la ville en parle, intellectualisation sentimentale de la sainteté avec un Cary Grant criant de bonhomie. Sans oublier Jules César et Cléopâtre, deux chefs-d'oeuvre pouvant allègrement passer pour des navets (ou l'inverse). Sans oublier non plus le fragile Dragonwyck et la plus fragile encore Aventure de Mme Muir, deux performances rêvées/chantées/parlées à bout de voix par la fantomatique Gene Tierney.

Et Soudain l'été dernier? C'est une magique transposition psy d'un texte délirant de Tennessee Williams, avec une Elizabeth Taylor rendue folle d'amour pour une folle tordue, hystérisée par ce non-amant qui l'a obligée à se baigner «nue», lequel non-amant finira dévoré par des garçons trop (ou trop peu) amoureux. Ici, dans cette luxuriance émerveillée, on admirera les regards entropiques d'une grande dame de la comédie hollywoodienne, virée tragédienne approximative sur le tard ­ cette Katherine Hepburn au fond plus mormon que jamais, coincée entre une parole qui s'élève (celle de Liz Taylor) et un silence qui guérit (celui du docteur Clift).

SKORECKI Louis

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