quarta-feira, 2 de setembro de 2015

Soupçons (3)

Par Louis SKORECKI

CINéCINéMA CLASSIC, 19 h.

On parlait de minstrel movie , concept tricoté sur mesure pour Rio Bravo . Mais Hitchcock et Hawks, c'est pareil. Serial voyeurs travestis, drag queens exhibant leurs grands couteaux flambant neufs, faux nègres, fausses femmes, allez savoir. C'est ici Joan Fontaine qui s'y colle. Elle a des soupçons. C'est même le titre du film, Soupçons. On est en 1941, l'Amérique et ses scénarios sont rongés de l'intérieur de n'avoir pas encore pris part à la guerre contre les nazis. Hitchcock a toujours été antifasciste. Quand il s'agissait de ses principes, il rangeait sa trouille, qu'il avait grande (depuis tout petit) au vestiaire. Mais son courage, ici, c'est d'y aller jusqu'au bout. Au bout du bout, même.

De quoi parle Soupçons ? Du bout du bout du fantasme. C'est quoi, le bout du bout du fantasme ? Disons que c'est d'accepter de se faire peur jusqu'au bout. Les femmes aiment se faire de grandes peurs, surtout en ce qui concerne l'amour des hommes. Certains hommes aiment ça, surtout ceux qui se déguisent au brou de noix en nègres d'amour. Dans Soupçons, c'est la belle Joan Fontaine qui s'y colle. Voici le pitch du film, résumé par Lourcelles : à l'inverse de Rebecca (qu'elle joue aussi), et où elle se sentait indigne de l'objet de son amour (Laurence Olivier), Joan Fontaine éprouve dans Soupçons de l'amour pour un objet indigne (Cary Grant). Beau résumé, belle morale, belle esthétique du soupçon passionnel. Entre la célèbre scène du verre de lait et la peau laiteuse de Joan, quel rapport ?

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