segunda-feira, 14 de setembro de 2015

The Servant (2)

LOUIS SKORECKI 19 SEPTEMBRE 2005 À 03:44

Cinécinéma classic, 10 h 45.

Traîner à la Cinémathèque a du bon, répète monsieur Edouard. Je sens ma voix monter d'une octave. Maintenant, ça ne sert plus à rien, lui dis-je sur un ton aigre, on n'est plus dans les années baba cool où le cinéma tenait lieu de baba au rhum. Il rougit, j'ai cru qu'il allait me tuer. Je sais tout ça par coeur, pauvre pomme, me lance-t-il d'une voix d'assassin, pas besoin de me faire ta leçon sur les années heureuses où des couillons comme toi se faisaient leur road movie dans les rues de Bruxelles à la recherche du film qui les réconcilierait avec eux-mêmes. J'essaye de lui parler des allumés de Présence du cinéma, Mizrahi, Rissient, Lourcelles, ces garçons élégants qui couraient les Losey, mais monsieur Edouard me coupe la parole, me rappelant encore une fois le livre génial sur Losey écrit par Rissient en 1966 aux Editions universitaires. Je le connais par coeur, je lui dis, mais il n'écoute déjà plus. Il est tellement excédé qu'il part sans un mot.

Drôle de type, ce Losey, tu ne trouves pas ? C'était Caroline. Je ne l'avais pas vue arriver. Elle avait le livre de Rissient sous le bras. Tu lis Rissient, toi ? Pourquoi pas ?, répond-elle de sa voix acidulée. Je suis encore énervé, je lui demande d'un ton sec pourquoi elle aime Losey. Il ne s'agit pas d'aimer, mais de faire avec, répond-elle. Elle m'agace avec son côté pamplemousse. Qu'est-ce que tu veux dire ?, je lui demande. Je dis ce que je dis, ne me demande rien, répond-elle. Ça me coupe le sifflet, je ne sais plus quoi dire. Où se situe la fracture chez Losey ?, poursuit-elle. Là, c'est facile. Je réponds que c'est dans The Servant, mais elle insiste : est-ce à cause du scénario de Harold Pinter ? Pas du tout, je réponds, même si c'est la thèse de Lourcelles ; Losey, c'est Brecht à Hollywood, c'est tout. Elle me regarde d'un air ému, mais je la plante sur le trottoir.

SKORECKI Louis

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