quinta-feira, 10 de setembro de 2015

Tous les autres s'appellent Ali

LOUIS SKORECKI 3 OCTOBRE 2005 À 03:56

Arte, 15 h 15

Caroline ne savait pas quoi penser de monsieur Bruno, moi non plus. C'est du lard ou du cochon?, je lui demande. Elle ne répond rien. Il est quand même très monolithique, je fais. C'est le moins qu'on puisse dire, répond-elle, tout en gardant un oeil sur la queue qui ne bouge pas. Elle ne bouge pas, cette queue, elle me dit, si ça continue on ne le verra pas, ce Fassbinder, c'est bête, tu m'en avais tellement parlé, je mourais d'envie de le voir, ces trucs-là ça me fait enrager, tu ne peux pas savoir; en plus, on se gèle, tu vas attraper la mort dans ta chemise en pilou. Je lui dis de ne pas s'inquiéter quand une voix nous fait sursauter. C'est monsieur Bruno, on ne l'avait pas vu venir. Tu vas voir Tous les autres s'appellent Ali?, me demande-t-il en évitant de croiser le regard de Caroline, j'y vais aussi, c'est mon film préféré. Ah bon, fait Caroline, ça m'étonne de vous. Monsieur Bruno rougit et baisse la tête. Drôle de type, décidément.

Deux heures plus tard, on est attablés devant une théière bouillante, dans un salon de thé un peu vieillot mais confortable. C'est ma cantine, dit monsieur Bruno d'un ton un rien précieux. Ce garçon m'intrigue de plus en plus. C'est l'un des derniers endroits où l'on sert encore du Grand Souchong, remarque monsieur Bruno, avec un nuage de lait, c'est sublime. Du lait dans le Souchong, proteste Caroline, c'est une hérésie. Pas du tout, dit monsieur Bruno, les empereurs Ming en mettaient tout le temps. Ce type m'intrigue décidément. Et le Fassbinder, je lui demande, vous en pensez quoi ? C'est un film d'amour, répond-il. Tout ? je lui demande. Très émouvant, dit-il, très brechtien, très sirkien aussi. Un peu monotone, non ? dit Caroline. Oui, dit monsieur Bruno, c'est une qualité dans le cinéma épique. Caroline ne dit rien. On entendrait une mouche voler.

SKORECKI Louis

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