segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Un Américain bien tranquille

LOUIS SKORECKI 13 OCTOBRE 2005 À 04:04

CINECINEMA CLASSIC, 18 h 45.

Elle ne savait pas quoi penser de l'élégant monsieur Bruno. Sur le cinéma, c'était un seigneur, il surfait sur les films comme le Petit Prince sur sa planète. Dans la vie, c'était plus compliqué, il était un peu en retrait, un peu emprunté, mais elle se disait qu'il valait mieux ne pas faire entrer ce genre de considérations sur son ordinateur personnel. Tu n'en as pas, d'ordinateur personnel, je lui dis pour la sortir de ses rêveries. Rien à faire, elle ne m'entend pas. Elle est ailleurs, sur la planète du Petit Prince. Petit Prince ou pas, je lui dis, le problème c'est que monsieur Bruno s'est volatilisé. Qu'est-ce qu'ils ont tous à disparaître comme ça ? répond Caroline. C'est une question ou une réponse ? je lui demande. Elle ne dit rien, engluée dans ses rêveries sentimentales. On en est là quand une voix familière nous interpelle de l'autre côté de la rue. C'est Jacques. Il est tout blanc. Vous êtes pâle, Jacques, lui dit Caroline le regardant en biais. Je la déteste quand elle le regarde comme ça. Comme une petite fille. Pour un peu, elle lui présenterait sa Barbie.

J'ai revu Un Américain bien tranquille, dit Jacques, c'est le plus beau Mankiewicz, un mélange d'activisme politique et de militantisme sentimental. C'est aussi un chef-d'oeuvre de polyphonie narrative, je dis, traversé d'accents et de flash-backs, comme la Comtesse aux pieds nus. C'est mieux que la Comtesse, dit Jacques. C'est vrai, je réponds, je comprends pourquoi Godard adorait ce film. Il adorait surtout Georgia Moll, dit Jacques, il en était fou. Il adorait qui ? demande Caroline. Il adorait Giorgia Moll, on dit en même temps. Dans le film, poursuit Jacques, les deux hommes, Michael Redgrave et Audie Murphy, celui qu'on appelle «l'Américain», sont amoureux fous de Giorgia Moll. C'est pourquoi Godard l'a prise dans le Mépris, ajoute-t-il, elle est sublime. Comme je suis d'accord, je ne dis rien. Caroline non plus.

SKORECKI Louis

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