segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Un ange à ma table. 13h45. Ciné Cinémas.

LOUIS SKORECKI 8 SEPTEMBRE 1997 À 09:29

Avant de faire, avec la Leçon de piano et Portrait de femme la carrière académique qu'on connaît, Jane Campion a été une extraordinaire photographe du réel. C'est ce que ce très beau film pervers et décalé nous rappelle opportunément. Pour les fans des premiers films sauvages d'une Campion pas encore assagie, deux-trois repères biographiques. Néo-Zélandaise immigrée en Australie, admiratrice des plus grands photographes, la jeune Jane, tourne pour une école de cinéma dans laquelle elle s'est distraitement inscrite quelques court métrages d'une beauté photographique, précisément, à couper le souffle: rien que des fillettes en mal d'amour, affreusement moches costumées dans leurs ensembles de collégiennes soumises. Jeunes filles impubères, énormes et haineuses, à l'image, déjà, de la fille trop grosse aux cheveux trop rouges de ce fiévreux Un ange à ma table que Campion signe en 1990, sur la lancée du déjà tordu Sweetie. On y adore cette enfant improbable, trop rousse, trop frisée, trop bête, trop jeune, trop" tout, qui va devenir l'écrivain Janet Frame, idole underground en Nouvelle-Zélande, internée de force pour cause de déviance timide pendant des années, et que seule l'écriture, autobiographique, sauvera de la démence. Ce qui fait le prix des premiers Campion, c'est un alliage contre-nature et inattendu entre la rigueur des cadrages décalés, ceux des derniers grands photographes (Kertesz, Frank) et l'anthropophagie affamée de ses sujets de teenage girl hystérique. Entre la rigueur d'un cadre austère mais oblique et le côté salace et explicitement sexuel d'un amour tardif, Un ange à ma table a une grâce insoupçonnée. Pas encore boursouflé, le film contient peut-être quand même une amorce du catastrophique virage académique à venir, quelque chose comme une tentation Blue Velvet mâtiné de David Lean, virant à l'arrivée vers du néo James Ivory lourdement mélodramatique. De quoi rafler un oscar à Hollywood, en un mot.

SKORECKI Louis

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