quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Un homme dans la foule. Ciné Cinéfil, 21h50.

LOUIS SKORECKI 9 DÉCEMBRE 1996 À 03:21

Elia Kazan a 48 ans quand il signe Un homme dans la foule en 1957. C'est la seconde fois qu'il collabore avec le dramaturge Budd Schulberg après Sur les quais trois ans plus tôt, qui voyait Marlon Brando adapter au cinéma les pires défauts de l'Actor's Studio. Fondée par Kazan lui-même, cette école de théâtre privilégiait un jeu intérieur souvent très outrancier, voire carricatural.

Lee Remick, qui sera fabuleuse dans le chef-d'oeuvre de Kazan Wild River en 1960, n'a qu'un petit rôle dans Un homme dans la foule qui a les mêmes qualités et les mêmes défauts que le Baby Doll de 1956. Schulberg et Kazan racontent ici l'ascension formidable et la chute dérisoire d'un homme qui n'était qu'un visage dans la foule, comme le dit le titre original, A Face in the Crowd. Quand Marcia Jeffries (Patricia Neal) débarque dans une prison paumée de l'Arkansas, elle ne sait pas que sa vie va être changée. Elle rencontre un homme rustre, ivre, qu'elle fait chanter dans son émission de radio locale, KGRK. Elle le baptise «Lonesome Rhodes» et ce baratineur de génie devient vite une vedette. Joué par un inconnu, Andy Griffith (la gloire le rattrapera trente ans plus), c'est un mélange de prêcheur et d'Elvis Presley campagnard, qui a un sens inné du spectacle.

L'idée de Kazan, c'est de suivre ce vagabond qui devient une sorte de Will Rogers, dans sa route vers la gloire. Il n'hésite pas à forcer le trait en montrant comment Lonesome Rhodes invente à lui seul la pub télé moderne, le talk-show avec rires enregistrés, avant de se lancer dans la politique au service d'un lobby réactionnaire. D'un type généreux et libre qui savait mieux que personne improviser des sermons, il fait un dangereux démagogue paranoïaque qui veut avoir le monde à ses pieds. Souvent filmé de manière agressive et grimaçante, le film a quand même de drôles de moments de «théâtre-vérité» dans lesquels la solitude et la nudité des sentiments éclate au grand jour, sauvant cette satire du show-biz politique de l'enflure.

SKORECKI Louis

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