quarta-feira, 2 de setembro de 2015

Un roi à New York. Ciné Classics, 23h05.

18/12/1998 à 16h52

SKORECKI Louis

Le cinéma, c'est quoi? Un roi orphelin, un enfant, un poste de télévision. Quand le vieux Chaplin imagine son come-back dans ces Etats-Unis qui l'ont chassé pour sympathies communistes et déclarations d'impôts suspectes, c'est bien sûr l'Angleterre qui lui offre asile (pauvre Larousse bernardrappien qui donne à ce Roi à New York une piteuse nationalité américaine). Métaphore du retour, donc. Sous les habits de gala d'un roi féodal réfugié à New York, un roi usé, une ombre, le vieux Chaplin bataille avec les avatars de la démocratie américaine, prêt à toutes les gesticulations chirurgicales pour retrouver ses allures de jeune homme et séduire la belle Dawn Adams. Son visage ne s'en remettra jamais. Son honneur non plus. On est en 1957, à quelques mois du rétrécissement définitif du cinéma, de sa belle métamorphose/papillon en télé surdouée. Pour le moment, c'est juste une caméra invisible qui incorpore de force un vieux roi dans des spots publicitaires en direct. Quarante ans plus tôt, dans les courts métrages les plus déchaînés et les plus radicaux du siècle, un petit vagabond impoli, un jeune Charlot, soulevait les jupes des filles avant de s'asseoir salement sur les oeufs oubliés dans sa poche. Moments de pure fureur, de révolte, qui serviront pendant des années de réservoir à gags. Quel rapport entre la méchanceté iconoclaste des débuts et la mélancolie des vieux jours? Une sorte d'impertinence obscène, l'oeil assassin d'un vieux Verdoux. Avec, en plus, une formidable paranoïa qui anticipe sur la télésurveillance, comme Fritz Lang dans le dernier Mabuse, trois ans plus tard. Et une énergie de chien fou qui traverse les années, irrémédiablement intacte. Ici, le roi déchu ne comprend plus comment un enfant peut dénoncer ses parents communistes (scène déchirante, jouée par le fils préféré de Chaplin). Ici, une vieille peau liftée craque sous un éclat de rire intempestif, l'un des gags les plus achevés d'une oeuvre incomparable. Et le cinéma, alors, c'est quoi? Quelque chose qui manque à sa place. Un fauteuil vide, désespérément vide. Deux mongols qui rigolent. C'est tout.

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