quarta-feira, 2 de setembro de 2015

Week-End

LOUIS SKORECKI 29 AOÛT 2002 À 00:47

Cinétoile, 19 h 15.

Le cinéphile qui ne craindrait pas -­ ce qui se fait de plus en plus rare -­ l'overdose de Nouvelle Vague, peut s'essayer à une Dernière Séance comme l'ami Eddy n'en aurait jamais osée. Passer de Week End, l'un des meilleurs Godard pré-68 au Boucher, l'un des Chabrol les plus célèbres de l'après-mai (21 heures, Paris Première), ce n'est pas la façon la plus bête d'essayer d'y voir plus clair. Entre le trop d'amour accordé trop souvent à St Jean-Luc, et l'admiration endormie qu'on porte volontiers à son ancien acolyte des Cahiers, comment s'y repérer?

Week-End (1967), et plus encore la Chinoise, tourné quelques mois plus tôt, sont deux pressentiments éblouissants des évènements prérévolutionnaires de mai 68. Même ceux qui n'ont de cesse, depuis des années, de conspuer «le plus con des Suisses prochinois», ne pourraient trouver à y redire. Week-End, superproduction en forme de film-catastrophe, entièrement bâti autour d'un travelling géant de 300 mètres, balade le spectateur effaré, groggy, halluciné, à travers un gigantesque embouteillage provoqué par un accident de la route. Hyperréaliste, sanglant, stylisé, l'accident est à l'image du film, dont le centre de gravité est une voiture, la voiture-vedette conduite par Jean Yanne et Mireille Darc («Mon sac Hermès ! Mon sac Hermès !»), formidables de décontraction et d'understatement. Dans leur fuite, ils rencontrent des fous, des poètes, des révolutionnaires du FLSO (Front de libération de Seine-et-Oise), dirigés par le rocker Jean-Pierre Kalfon et l'égérie folk Valérie Lagrange. Rimbaud, Aragon, une cabine téléphonique perdue dans laquelle Jean-Pierre Léaud essaie tant bien que mal de chanter Allô, tu m'entends, la jolie chanson de Guy Béart ­ il n'en suffit pas plus pour que le film bascule sublimement, et sans espoir de retour, dans le fantastique et la poésie.

Et le Boucher (1969) ? Considéré à tort comme l'un des plus beaux Chabrol, c'est l'histoire bonasse d'un boucher assassin et d'une femme qui aurait pu le sauver si elle l'avait aimé. Jean Yanne y est d'un antinaturalisme exemplaire, ce qui est loin d'être le cas du film. Il est le seul point commun entre deux oeuvres pour le moins inégales.

SKORECKI Louis

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