quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Alexandrie, pourquoi? France 2, 23 h 45.

Par Louis SKORECKI — 28 février 1997 à 16:48

On a pu écrire ici et là qu'avec ce film, Youssef Chahine avait réalisé en 1978 un Amarcord alexandrin. Il faut plutôt le considérer comme le premier volet d'une trilogie autobiographique, qui se poursuivra avec la Mémoire (1982) et Alexandrie, encore et toujours (1990), une fresque en trois volets qui culmine dans un retour baroque et inattendu à la comédie musicale de ses premières années. Même si Chahine a pu discuter, avec Fellini, avant de se lancer dans Alexandrie, pourquoi?, de ses réticences à s'aventurer dans l'autoportrait, ce n'est pas en disciple timide de l'auteur de Huit et demi qu'il s'avance mais en cinéaste à part entière, avec un passé déjà riche de près de trente ans de créations foisonnantes.

Après avoir étudié le cinéma en Californie, à deux pas de cet Hollywood qui le fascine, Chahine retourne dans son Egypte natale en 1948. Dès son premier film, en 1950, il alternera les genres, passant du mélo au film engagé, de la reconstitution historique à la féerie, sans oublier les chants et les danses du cinéma «conventionnel». La plus grande rupture dans sa carrière viendra de Gare centrale (1958), un mélange ahurissant de burlesque et de fantastique social, dans lequel il interprète lui-même le dérisoire personnage central, véritable Charlot lâché dans les rues du Caire. Après des oeuvres ambitieuses remarquées dans le monde entier (la Terre, 1969, le Moineau, 1973), Chahine donnera deux chefs-d'oeuvre tardifs, Adieu Bonaparte (1985) et le Sixième Jour (1986) avec une très inattendue Dalida.

Alexandrie, pourquoi?, qui raconte la jeunesse de celui qui se rêve déjà cinéaste, traverse avec fulgurance l'Egypte menacée par les troupes de Rommel. Hitler en noir et blanc y croise Georges Guétary dans Un Américain à Paris, des adolescents draguent et baisent, un pays se débat pour retrouver son identité. Passant avec virtuosité de sa famille speedée à la statue de la Liberté qui lui rit au nez, Chahine reste fidèle à ses amours d'enfance et à une idée enchanteresse du cinéma.

Louis SKORECKI

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