quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

American Madness. Ciné Cinéfil, 19h 15.

Par Louis SKORECKI — 19 février 1997 à 17:21

En 1932, Frank Capra est déjà un grand cinéaste. Il a contribué à inventer, dès 1926, avec Tramp, Tramp, Tramp et Long Pants, le formidable personnage burlesque d'Harry Langdon. Aussi personnel que Buster Keaton, cet éternel bébé poudré et lunaire traverse en victime fantôme les catastrophes d'un monde urbain auquel il est résolument étranger. Capra se servira plus tard de cette silhouette de poète extraterrestre pour créer ses propres personnages d'individualistes farfelus, occupés à reformer par le rêve et l'utopie des sociétés dans lesquelles ils se sentent à l'étroit.

Pour le moment, après avoir signé quelques chefs-d'oeuvre presque expérimentaux comme Flight en 1929 (les aventures criardes d'un groupe d'aviateurs dans un fabuleux son direct préhistorique), Rain or Shine en 1930 (une anticipation des plus furieuses aventures des Stooges ou des Marx Brothers) et trois mélo-merveilles de 1932, Platinium Blonde, Miracle Woman et Forbidden, il se lance quelques mois plus tard dans l'aventure d'American Madness. Produit par Harry Cohn, ce film est la première collaboration entre le futur auteur de la Vie est belle et son scénariste fétiche, Robert Riskin. Avec une énergie inventive et généreuse qu'on retrouve curieusement dans un autre film de 1932, la Nuit du carrefour (réalisé dans la banlieue de Paris par Jean Renoir), Capra raconte l'histoire d'un directeur de banque (Walter Huston) à deux doigts de perdre son emploi. Cet homme, qui préfère prêter l'argent qui dort dans les coffres et qui aime son petit personnel, est sévèrement critiqué par son «board of directors». Le début du film (cinq hommes dans l'impressionnante salle des coffres) et la première partie (la panique qui s'empare des petits souscripteurs) est d'une virtuosité à couper le souffle. Capra raconte dans ses mémoires qu'il a coupé le début et la fin de chaque scène pour aller plus vite. En une heure et quart, il traite son sujet avec une ingéniosité qu'il s'appliquera systématiquement à perdre dans les années qui vont suivre.

Louis SKORECKI

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