quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

ARTE, DIMANCHE, 20 h 45. Thema, avec notamment «les Belles Années (1943-1965)», docu. Tous les attraits de Sinatra.

Par Louis SKORECKI — 25 janvier 1997 à 15:23

Francis Albert Sinatra est peut-être, avec Billie Holiday dont il s'est largement inspiré pour ses ballades les plus lentes et les plus nostalgiques, la plus grande voix américaine du siècle. Au moment où on l'annonce une fois de plus mourant (il a 81 ans, et depuis quelques années déjà ne tient plus sur scène que par miracle), Thema nous propose de bien belles images du temps de sa splendeur. Sélectionnées par Claude Ventura (dont on se rappelle les reportages inspirés du temps de Cinéma, Cinéma), ces «belles années 1943-1965» sont à plus d'un titre inoubliables.

En gros plan légèrement décalé, un Sinatra qui porte allègrement sa cinquantaine désabusée chante The Autumn of My Years. C'est une introduction crooner aux plus grands moments de sa carrière de chanteur et de comédien. Des images speedées d'admiratrices en folie (les fameuses bobby soxers aux socquettes blanches immaculées) rappellent qu'au début des années 40, alors que l'Amérique était en guerre, «The Voice» était déjà l'idole des teenagers. Avant Presley et les Beatles, Sinatra provoquait l'hystérie des jeunes filles. Il était jeune, svelte, portant banane douze ans avant Elvis. Ses vestes bicolores et ses chaussures de Rital parvenu cachaient mal la misère de ses débuts à Hoboken, dans la banlieue de New York. La bande-son qui accompagne ces images d'actualités reprend les célèbres enregistrements Columbia. Tout est déjà en place: la légende, la voix, les violons.

Avec un Bing Crosby à la calvitie naissante, il improvise a capella une chanson obscène (People Will Say We're in Love) qui ridiculise un peu la figure de celui qui fut son modèle et qu'il remplaça vite dans le coeur des Américains. Sinatra est alors sur toutes les ondes et on le voit présenter, devant un régiment d'infirmières sagement alignées, le standard de Jerome Kern et Oscar Hammerstein, I Hear Music (When I Think of You). La chanson est trop courte mais la perfection de cette mini-ballade fait vaciller les images.

On saute à l'année 1945. Dans un extrait particulièrement mélo du court métrage signé Mervyn Le Roy qui lui vaudra son premier oscar, Sinatra chante devant un gang de gosses éberlués son hymne patriotique, What is America to Me? L'Amérique, selon le crooner des rues, c'est un certain mot, démocratie. En écho à ce mot, quelques trompettes stridentes soulignent l'effet. Juste avant, Frankie aura donné une belle leçon d'antiracisme aux kids remuants.

On passe vite sur les années de crise, ses disques Columbia qui ne se vendent plus, son contrat avec la MGM résilié, son show tv sur CBS brutalement arrêté. Une seule séquence témoigne, en 1952, de son exil des médias: la télé italienne le filme dans une version parfaite d'Autum Leaves, ces Feuilles mortes revues et corrigées par Hollywood. Grâce à sa nouvelle épouse, Ava Gardner, qui implore Harry Cohn, le patron de la Columbia, il obtient un rôle dans Tant qu'il y aura des hommes et refait surface. Mais Ava n'est déjà plus là et il fait son come-back en solitaire.

Après qu'il a signé pour Capitol le contrat qui le verra graver ses vingt et un plus beaux albums, une équipe le filme en direct, réécoutant avec volupté sa version définitive d'Autumn of My Years. Il vient d'épouser la belle Mia Farrow, cheveux roux ras, resplendissante du haut de ses 20 ans (ils vivront ensemble une idylle d'un an, quatre mois et quatre jours). «When I was seventeen/It was a very good year/For small town girls and soft summer nights/We'd hide from the night/On village greens/When I was seventeen.» Frankie s'étonne de la durée inhabituelle de la chanson («ça fait vraiment quatre minutes vingt? Mais c'est plus long que le premier acte d'Hamlet!»). Il sourit faiblement en réécoutant l'intro, fume une longue bouffée de sa cigarette, mime les mots. Un travelling arrière découvre le studio, les musiciens, l'arrangeur (Nelson Riddle).

Après ce document fabuleux, inédit en France, le duo de Sinatra avec la contrebasse de l'orchestre de Count Basie pour l'entraînant Fly Me to the Moon semble presque convenu. On est dans une prison et les spectateurs noirs écoutent le seul Blanc qui les ait jamais fait swinguer. Il entonnera encore You Make Me Feel so Young et les images stopperont net.

Bien mieux que les shows TV qui suivront et l'épilogue avec Basie (lire encadré), cette incursion inédite dans la perfection Capitol (1) mérite de rester dans nos mémoires. Entre 1952 et 1965, Sinatra y a gravé ses titres les plus légendaires, sous la direction de Nelson Riddle ou, mieux encore, de Gordon Jenkins. C'est un aperçu de cette perfection idéale (la voix s'est épaissie, les cordes aussi) qui nous est donné à voir ce soir.

(1) Que l'on peut retrouver, intacte, dans un beau double album, All The Best (1953-1962).

Louis SKORECKI

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