quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Au royaume des cieux Ciné Cinéfil, 22 h.

Par Louis SKORECKI — 26 décembre 1996 à 02:29

On a longtemps injustement méprisé Julien Duvivier, considéré à tort comme un cinéaste académique et sans originalité. On redécouvre peu à peu la force et la singularité de son oeuvre. Ses 70 films sont sans doute inégaux mais même ceux qui sont insensibles à son style brutal doivent reconnaître la fabuleuse perfection de la Tête d'un homme, un film paradoxal qui émerge comme une perle rare dans l'histoire du cinéma. Réalisé en 1933, un an après la Nuit du carrefour, le film de Duvivier surpasse pres-que le chef-d'oeuvre de Jean Renoir. Ce sont deux adaptations de Simenon, Harry Baur est aussi étonnant dans le Maigret de Duvivier que Pierre Renoir dans le film de son frère.

Sans égaler au sublime de la Tête d'un homme, d'autres Duvivier restent célèbres à juste titre, de l'attachant Poil de carotte (1933) au lyrique la Bandera (1935), sans oublier les envolées joyeuses de la Belle Equipe (1936), l'orientalisme halluciné de Pépé le Moko (1937), les terreurs simenoniennes de Panique (1946). Entre 1931 et 1947, tout ce que tourne Duvivier est étonnant de fraîcheur méchante, la caméra traquant les acteurs avec une hargne que seul Preminger a jamais réussi à mettre en scène aussi férocement. Il faudrait aussi revoir les muets de Duvivier, notamment son premier film de 1919, Hacadelma ou le prix du sang, un western corrézien rarissime. Si sa carrière hollywoodienne est décevante, il faut réévaluer les films tournés entre 1946 et 1967, même des oeuvres commerciales comme la série des Don Camillo avec Fernandel.

En 1949, Duvivier signe ce très étrange Au royaume des cieux, une sorte de retour au réalisme fantastique de Carné et Prévert, avec Henri Jeanson aux dialogues. C'est l'histoire d'une orpheline qui fuit une prison de femmes pour trouver l'amour avec un jeune ouvrier ardent (Serge Reggiani). Brutalité de la surveillante, érotisme maladif des jeunes filles, sadisme, suicide, le monde fiévreux de Duvivier est entièrement là, avec sa caméra fonceuse et sa profondeur de champ wellesienne.

Louis SKORECKI

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