quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Bellissima. Paris 1ère, 23h30.

Par Louis SKORECKI — 30 janvier 1997 à 15:11

Faut-il retenir, de cette belle soirée Visconti, le sensuel Senso ou le méchant Bellissima. On préfèrera la cruauté mélodramatique du second à la fadeur costumée du premier. En effet, malgré une belle interprétation de l'hitchcockien Farley Granger et de la bertolucienne et franjuienne Alida Valli, Senso (1954 ) n'offre plus, aujourd'hui, que le charme mélancolique de son technicolor daté. Contrairement à ce théâtre filmé avec la somptuosité un rien douteuse du Visconti du Guépard (1963), Bellissima (1951) est une superbe adaptation de l'oeuvre de Cesare Zavattini, que Visconti transforme à l'occasion en description acide des milieux de Cineccita.

La véritable star du film est la géniale Anna Magnani, qui joue ici le personnage d'une mère italienne des faubourgs de Rome, obsédée par l'idée de faire de sa fillette, la jolie «bellisima», une vraie star de l'écran. Comment mettre en scène une enfant? A ce délicat problème que peu de cinéastes ont su résoudre intelligemment (et surtout honnêtement) , Visconti répond: un enfant est une bête et se filme comme une bête. Cette audacieuse manière d'exalter l'animalité juvénile du petit d'homme donne des résultats inattendus, la Magnani étant, elle aussi, une véritable bête de cinéma. Alors, deux animaux ensemble, qu'est-ce que ça donne? Une aigre comédie de moeurs, un vif reportage sur la concurrence que se livrent la mère et la fille, une ode désenchantée à la part d'enfance inexorablement enfuie. Visconti n'est pas encore ici le reporter décadent de l'Italie des princes et des prolétaires (Mort à Venise, Ludwig), c'est encore un jeune homme, disciple du Renoir néo-réaliste de Toni , qui hésite sur la carrière qu'il va suivre. Contrairement aux errances costumées de Senso, trois ans plus tard, Bellissima est une belle incursion dans l'univers méchant des enfants et de leurs mères attardées, qui reprend, à sa manière tordue, la phrase inoubliable de WC Fields: «Un homme qui déteste les enfants et les animaux ne saurait être entièrement mauvais».

Louis SKORECKI

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