quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

CANAL JIMMY, DIMANCHE, 22h10, «New York Police Blues», épisodes inédits. Les flics tordus de Steven Bochco.

Par Louis SKORECKI — 22 février 1997 à 17:08

La qualité de New York Police Blues, dont la quatrième saison, inédite, démarre ce soir, tient beaucoup à son inventeur. A l'image des premiers auteurs «primitifs» de la série télé, Steven Bochco est un artisan. A à peine plus de 50 ans, ce producteur-concepteur s'est d'abord frotté comme story editor à Columbo et Kojak, les premiers flics déviants de la télévision. C'est la fin des années 60. Rude apprentissage de dix ans. Après un premier essai raté (Delvecchio), il imagine pour MTM, la maison de production novatrice de Mary Tyler Moore, une des reines du talk show, sa première vraie série, Paris, avec James Earl Jones. C'est le brouillon de Hill Street Blues, ce Capitaine Furillo de 1981, lui-même matrice de toutes ses séries (ou plutôt feuilletons) à venir . Cet homme gris, passe-partout, s'impose déjà comme un véritable auteur (lire ci-dessous). Exigeant de son diffuseur, NBC, une liberté absolue, Bochco choisit le contre-courant dès le début: «Nous devons pouvoir diffamer aussi bien les Noirs que les pédés, les hispaniques que les intégristes religieux, je ne vois pas pourquoi on devrait épargner certaines sensibilités plutôt que d'autres. Ce ne serait plus du "spectacle mais de la "propagande». Bochco expérimente d'emblée une nouvelle écriture télé: «J'ai créé quelque chose de complètement neuf en écrivant pour plusieurs personnages, pour aboutir à une heure de programme qui se tienne à partir d'histoires multiples qui se développent d'épisode en épisode.» C'est ainsi que naît la fresque éclatée, multiraciale, généreuse et réaliste. «Pour nos histoires, on interroge de vrais flics; beaucoup veulent devenir écrivains. Ils viennent nous voir, propres et nets dans leur costard-cravate et essayent de nous fourguer des histoires qui ressemblent à ce qu'ils ont vu à la télé. On boit un verre, deux verres, ils desserrent leur cravate, tombent la veste. Alors, seulement, ils nous racontent les trucs les plus tordus que j'aie jamais entendus.» Il y a une douzaine de héros dans Furillo, il y en aura dix-huit dans Bay City Blues en 1983. Après le succès fabuleux de Furillo, cette histoire de joueurs de base ball marque son premier échec. En 1986 débarque la Loi de Los Angeles, excitant mais moins novateur. Aux flics succèdent les avocats. Vies privées, vies professionnelles, tout continue à se mélanger. En 1987, à 43 ans, Steven Bochco a l'audace de refuser la direction de CBS, préférant un contrat avec ABC pour dix séries, de Flic à tout faire (tandem policier avec partner gay) à Murder One (feuilleton juridique) en passant, par Cop Rock (four retentissant où des flics chantent en direct). Et surtout New York Police Blues, démarré en 1993. Depuis Furillo, Bochco installe une splendide ambiguïté, préférant inventer des flics violents, critiquables et en même temps intègres. Refusant les personnalités monolithiques, il ressuscite le «salaud sympathique» inventé par Welles dans la Soif du Mal. Lequel salaud, déjà interprété dans Furillo par Dennis Franz, est plus lucide, plus désespéré dans New York Police Blues. «Oui, Furillo était réaliste et sordide, mais on proposait un éventail de personnages qui apportaient un second degré humoristique. Dans New York Police Blues, c'est plus carré, encore plus réaliste, plus complexe. Comme dans la vie». Comme dans un air de blues.

Louis SKORECKI

Nenhum comentário:

Arquivo do blog