quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Casino de Paris. TMC, 22h45.

Par Louis SKORECKI — 26 mars 1997 à 22:41

Pourquoi parler, ici, d'une opérette inaboutie? Pourquoi s'arrêter aux charmes désuets de ses refrains enjoués? La réponse tient en un seul nom, Bécaud. Ce Gilbert-là, complice de jeunesse d'un Aznavour encore immaculé, n'a jamais su renaître des cendres oubliées de ses chansons fondatrices. Qui se rappelle encore de ses Marchés de Provence et de ses chansons tendrement sulpiciennes comme Mes mains? Gilbert Bécaud n'a eu qu'un seul tort, celui de sacrifier une carrière glorieuse sur l'autel incompris et méprisé de quelques opéras tardifs (l'Homme d'Aran), sans oublier quelques chansons outrées de gospel blanc ringard, les Oranges, et autres avatars plus récents.

Bécaud n'a jamais eu de Mamma nourricière. Son plus grand titre de gloire aujourd'hui réside peut-être dans la reprise éblouie que les Everly Brothers, au top de leur forme rock, firent de Je t'appartiens, rebaptisé astucieusement Let it be me. Comme le My Way piqué balladement à Claude François par Paul Anka (paroles) et Frank Sinatra (voix), ce Let it be me permet d'absoudre les erreurs tardives d'un Bécaud tombé dans la variétoche hystérique. Avant, c'est ce que cette opérette ringarde nous rappelle, il fut l'un des seuls authentiques crooners français, juste après Jean Sablon et avant Henri Salvador. Ses rimes provençales précèdent de plusieurs dizaines d'années le Sud de Nino Ferrer. Prophète incompris, tout juste applaudi le temps d'une décennie fébrile (1958-1968), Gilbert Bécaud surnage dans le folklore navrant d'une chanson française piratée par le jazz aigrelet d'un Charles Trénet fondateur. Il ne reviendra jamais de son exil musical. Trop d'erreurs. Trop de fautes de goût. Trop d'outrances. Rappelons-nous vite, ici, que ses erreurs d'enfance, ses emphases vocales, ses poèmes rappés, sont à eux seuls l'excuse inaugurale pour sa déchéance inévitable. Avec Averty vivant (et André Hunebelle derrière la caméra), la mémoire en cassettes de cette voix opérettée surnage encore, contre les vents et marée d'un modernisme cynique.

Louis SKORECKI

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