quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Chamane. Canal+,22.30.

Par Louis SKORECKI — 17 mars 1997 à 23:10

Après le ratage artistique et commercial de Mazeppa, son premier film déjà chevalin, l'attachant patron de cirque Bartabas, s'empare d'un sujet autrement plus nerveux dans ce très curieux Chamane. S'agissant d'une histoire à la fois initiatique (comment devenir sorcier) et politique (comment fuir le goulag), on aurait pu craindre une dérive poético-mystique encombrante et joufflue. Il n'en est rien. Habité par l'ombre du premier alors vif Lelouch d'avant Un homme et une femme, le jeune et «marcellien» Bartabas parcourt les steppes glacées de la Mongolie soviétique avec une grâce sans graisse et une agilité habile. Sa caméra effleure des personnages à peine expliqués, des pays à peine nommés, des époques jamais datées, des dialectes à demi traduits, en d'incessants panoramiques ralentis qui vont toujours, heureusement, vers un nulle part du sens.

Tout est dit, d'emblée, dans les premières minutes virtuoses de ce conte initiatique. Un violon sème la panique dans l'off du silence, des tatouages inexpliqués parcourent des corps abstraits, des hordes de chevaux sauvages et chevelus piétinent la neige immaculée, un world cinéma installe paisiblement ses musiques volées et ses images reconquises. Personne n'ira ici nous expliquer les camps soviétiques ou les vertus de l'apprentissage ordinaire de la magie quotidienne. Tout juste un petit bout de petit bonhomme rondouillard, emprunté avec bonheur au chasseur déjà bien bridé de Derzou Ouzala. Tout juste un no man's land poli, à mi chemin entre celui de Stalker et celui de Caro-Jeunet, situé tout juste à la lisière du ski-cinéma de Tarkovski et du corps-cinéma de Kurosawa, trop loin hélas du cinéma vivant d'un Dodescaden inoublié.

Sans tomber dans le piège spectaculaire de la peluche initiatrice de George Lucas dans sa Gerre des étoiles, volume 2, Bartabas s'attarde sur les charmes datés de la sorcellerie profane. Le vrai héros de cette saga mélancolique n'est pas le jeune russe en devenir chamane mais bien, hélas, son maître mongol déjà mort et rieur.

Louis SKORECKI

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