quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Citizen Kane. Ciné Cinéfil, 20 h 30.

Par Louis SKORECKI — 26 février 1997 à 16:56

Il est toujours utile de se confronter aux films fondateurs. C'est ainsi que revoir Citizen Kane participe à la fois du plaisir et de l'étonnement, sans cesse renouvelé, devant la fraîcheur incroyable de ce trésor du cinéma. Si on peut préférer la Splendeur des Amberson (1942), le deuxième film ultraclassique d'Orson Welles, ou Monsieur Arkadin (1955), son fabuleux délire paranoïaque, ou encore la Soif du mal (1958), sombre et lumineuse méditation sur la corruption et la mort, on en revient toujours à cette année 1941 où, avec Kane, il a jeté les bases d'un cinéma neuf. Pas révolutionnaire, comme on l'a abusivement écrit depuis plus de cinquante ans (dès sa sortie, le film enthousiasma les critiques qui ne manquent pas, depuis, avec une régularité étonnante, de le citer parmi les dix plus beaux du monde), mais recyclant avec génie les traditions de l'expressionnisme allemand et du montage parallèle soviétique.

Welles, avec l'aide d'Herman J. Mankiewicz, part d'un scénario formidable d'inventions (les flash-back qui se mordent la queue, les points de vue différents sur un même événement), inventions qui ne cesseront d'alimenter la veine du film noir et celle du cinéma subjectif (Rashomon, la Comtesse aux pieds nus). Dans le filmage proprement dit, Welles n'est pas du tout réaliste comme l'a écrit André Bazin, mais plutôt onirique et magicien, à la mesure du manipulateur qu'il deviendra sur le tard dans Vérités et mensonges (1975). Pour en savoir plus sur la genèse de ce film foisonnant et baroque, on lira avec profit les analyses de Lourcelles dans son toujours aussi passionnant Dictionnaire du cinéma («Bouquins», Laffont), avec le rappel intéressant des réserves que faisait Jean-Paul Sartre («Nous sommes constamment débordés par ces images trop ridées, grimaçantes à force d'être travaillées. Comme un roman dont le style se pousserait toujours au premier plan et dont on oublierait à chaque instant les personnages») et l'explication détaillée du trucage caméra qui permit à Welles d'inventer sa si profonde profondeur de champ.

Louis SKORECKI

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