quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Comme un torrent. F2, 23h50.

Par Louis SKORECKI — 7 février 1997 à 21:58

Une semaine seulement après le sublime Mirages de la vie de Douglas Sirk, Fred Mitterrand programme le meilleur film de Vincente Minnelli, sorti lors de la fabuleuse année 1958, Some Came Running (Comme un torrent). Connu surtout comme auteur complet de quelques-unes des plus parfaites comédies musicales hollywoodiennes, de Cabin in the Sky (1943) à Bells Are Ringing (1960) en passant par les indispensables étapes que sont Meet Me in Saint Louis (1944), Un Américain à Paris (1951) ouThe Band Wagon (1953), Minnelli est paradoxalement encore plus inspiré dans le mélodrame flamboyant (pour reprendre l'intitulé plutôt juste de ce mini-hommage du Ciné Club en quatre films) que dans ses chorégraphies enchantées.

Autour de la pathétique Shirley Mac Laine dans le rôle d'une pute déboussolée et amoureuse, de Frank Sinatra en ex-militaire romancier et de Dean Martin en alcoolo joueur, Minnelli tisse une toile d'araignée baroque et meurtrie. On succombe au flux incessant des émotions les plus lyriques, presque chantées par des acteurs à la limite de l'incandescence. A partir d'un scénario convenu (l'impuissance créatrice d'un écrivain perdu), l'auteur de Tous en scène explore toutes les couches d'une bourgeoisie décadente de province, avec un frère parvenu (Arthur Kennedy), une maîtresse frigide (Martha Hyer), pour revenir sans cesse à l'alcool qui fait oublier. C'est la seule fois où Dean Martin et Sinatra savent jouer des ivrognes mondains (ce qu'ils ont été), sans qu'on pense un instant à leur propre vie de stars imbibées. Ils transcendent tellement leurs personnages que Godard inventa, le temps d'un Pierrot le fou fiévreux, le personnage-emblème de l'âne Martin pour ressusciter ce joueur qui ne quitte jamais son Stetson immaculé. Miracle de ce mélo pour une fois amoral, le personnage de la prostituée perdue jouée avec une stridence pathétique par Shirley Mac Laine au sommet de son génie singulier. La séquence finale de la fête foraine est un monument d'anthologie en hommage oblique à Orson Welles.

Louis SKORECKI

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