quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Docteur Folamour. 23h35, Paris Première.

Par Louis SKORECKI — 14 janvier 1997 à 16:04

Docteur Folamour. 23h35, Paris Première.

Moins abouti que Killer's Kiss (Libération d'hier), Folamour est pourtant follement réjouissant. Stanley Kubrick y fait preuve d'une même virtuosité qu'à ses débuts, mélangeant avec la même allégresse les genres, ici le fantastique social, l'anticipation farfelue, la science-fiction rigolote. On connaît cette histoire de bombe atomique sur le point d'être jetée du haut d'un avion relié directement au haut-commandement américain et à la présidence. Avec, à la clé, ce suspense sans cesse reculé: tombera-t-elle ou pas, la grosse vicieuse? Joué par de très grands acteurs très bien dirigés, Folamour (1964) se laisse regarder avec un grand plaisir. Certes, George C. Scott en fait des tonnes en chef militaire dépassé (Actor's Studio oblige), mais Peter Sellers est formidable dans ses trois rôles (une variante bienvenue du Lolita génial réalisé deux ans auparavant): en savant nazi qui ne peut retenir sa main de cuir, laquelle fait sans qu'il le veuille le salut hitlérien (elle finira par essayer de l'étrangler lui-même), en président des Etats-Unis affolé et en militaire anglais. Formidable aussi, Sterling Hayden dans le rôle de ce militaire devenu fou devant une menace imaginaire d'invasion des USA par l'URSS, et qui s'empare peu à peu des contrôles destinés à empêcher la bombe atomique de partir sans l'accord du président. On est loin de l'amant lyrique du Johnny Guitar de Nicholas Ray.

Avant d'en arriver à la chanson magnifique du final («We'll meet again/Don't know where, don't know when»), une ballade à la gloire du champignon atomique enfin éclaté, on passe par une intro virtuose (un avion invisible au dessus des nuages tout blancs) et une conversation amusante entre Peter Sellers et son homologue soviétique sur télépone rouge, Dimitri. N'oublions jamais que Kubrick a toujours été, du début à la fin, un cinéaste authentiquement expérimental. Ce film est l'occasion de relire avec profit les analyses pertinentes de Jean-Pierre Oudart dans les Cahiers du Cinéma (la Suture, sur Barry Lyndon...).

Louis SKORECKI

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