quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Falbalas. Ciné Cinéfil, 22h.

Par Louis SKORECKI — 6 février 1997 à 22:01

Jacques Becker est le plus illustre des cinéastes méconnus de la France d'après-guerre. Même s'il tourne son premier vrai film, le formidablement naturaliste Goupi Mains Rouges en 1943, Becker débute véritablement avec cet étonnant Falbalas qui sort à la Libération. Etrange trajet qui voit cet ex-assistant de Jean Renoir (de Boudu sauvé des eaux en 1932 à la Marseilleise en 1938) se lancer d'abord dans un film policier à l'américaine (Dernier atout, 1942), avant de bifurquer longuement, grâce aux performances à la fois terriennes et hallucinées de Fernand Ledoux et Robert Le Vigan, dans le mélodrame paysan pour Goupi Mains Rouges. Mais c'est Falbalas qui consacre une fois pour toutes le style cruel et lyrique de l'auteur de Casque d'or. Sans se laisser influencer par l'immense Jean Renoir (avec lequel il co-signa, en 1936, la Vie est à nous, dont il aurait dirigé entièrement l'épisode campagnard avec Gaston Modot), Becker s'invente une manière documentaire d'aborder des fictions très romantiques. En treize films seulement (1942-1959), il élabore une oeuvre faite de clarté, de maîtrise, de diversité aussi (même une commande commerciale comme Ali Baba et les quarante voleurs devient un modèle d'ironie rigolotte et distanciée), qui culmine avec la perfection post-bressonienne du Trou, un film auquel il ne survivra pas et dont Jean-Pierre Melville fera, dans les Cahiers du Cinéma, un éloge enflammé.

De Becker, outre la perfection platine de Casque d'or (1952), on connaît surtout le quatuor amoureux que constituent Antoine et Antoinette (1947), Rendez-vous de Juillet (1949), Edouard et Caroline (1951) et le délicieux Rue de l'Estrapade (1953). Il ne faudrait pas manquer de se confronter à la méchanceté généreuse de son Falbalas. Face au théâtreux Raymond Rouleau, parfait en couturier mondain, Micheline Presle se révèle, une fois de plus, une fatale inspiratrice. Entre rêve et réalité, frivolité et gravité, Becker nous entraîne dans un immense flash-back virtuose qui s'achève par la destruction du séducteur insatiable.

Louis SKORECKI

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