quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

FRANCE 2, 13h30. «Inspecteur Derrick», série policière allemande. Derrick, père peinard du polar.

Par Bouziane DAOUDI et Louis SKORECKI — 11 février 1997 à 21:46

Le phénomène Derrick est une énigme. Diffusé aux quatre coins du monde (du Venezuela au Maroc, où il triomphe le samedi à 21h), ce feuilleton allemand bat au poteau, en termes d'audience internationale, les Maigret, Columbo et autres New York Police Blues. La platitude extrême de ce personnage d'inspecteur aux yeux globuleux est-elle la clé de son succès? Stephan Derrick, sorte de Maigret sans intuition ni patience, cherche à élucider, à chaque épisode, le crime du jour. Aidé par son non moins laconique collègue Harry Klein, il traîne son ennui à peine curieux jusqu'à la résolution de l'énigme. Si les scénarios sont à peine plus fouillés que le personnage de Derrick lui-même, la mise en scène, elle, a le mérite de ralentir tout ce qui pourrait passer pour effet de vitesse. Là où des policiers américains (Columbo) ou français (Navarro) traquent inlassablement et virilement le crime, Derrick se laisse aller à ses états d'âme, accentués par la lourdeur teutonne si efficace du filmage. Il ne trouve jamais le coupable avant les «cinq dernières minutes», ce qui contribue à la lisibilité extrême de chaque scénario: un enfant de 3 ans ne comprenant pas le français peut suivre le flic le plus célèbre de la planète.

Inspecteur en chef à Munich, Derrick ressemble à sa BMW série 7, le top de la gamme quand la série fut créée le 20 octobre 1974 sur la ZDF. Passé par la défunte Cinq à partir du 26 février 1986, il est en ce moment la vedette de France 3, qui programme des épisodes inédits de la cuvée 95-96 le dimanche soir, tandis que France 2 rediffuse des épisodes plus anciens. Le vieil inspecteur (73 ans aujourd'hui) tient apparemment bien la route. Derrick marche essentiellement à la psychologie. Sans lampe dans les yeux des suspects, il écoute sagement les plus fourbes des prévenus. Il y a du Bourrel, du Raymond Souplex, chez cet Allemand taciturne. L'inspecteur en chef n'est pas un héros. Il ne se bat pas, il ne tire presque jamais. Son interprète, Horst Tappert, expliquait en 1990 que «Derrick colle à la réalité. Tout ici est vraisemblable. Ce n'est pas une série "policière mais "criminelle. Les scénarios sont fondés sur une observation méticuleuse des criminels en général. Quand nous ne sommes pas sûrs de la justesse d'une scène, nous appelons parfois la police pour vérifier.». Horst Tappert a commencé dès 1945 à jouer dans le théâtre de sa petite ville, Stendal, en ex-RDA. Au cinéma, il a figuré dans une trentaine de films. C'est le producteur Helmut Ringelmann qui a eu l'idée de faire appel à lui pour Derrick: «J'étais sûr qu'il était capable de rester le même et de ne jamais se répéter.» Le scénariste du feuilleton, Herbert Roinecker, ne consacre pas plus de trois semaines à l'écriture de chaque épisode. Ce bourreau de travail a déjà publié un millier de nouvelles et une demi-douzaine de romans. Quant à Fritz Wepper, qui interprète Harry Klein, le fidèle adjoint de Derrick, il est une vedette outre-Rhin et même en France puisqu'il a joué dans le premier film de Luc Besson, le Dernier Combat.

Les femmes constituent plus de la moitié des fidèles de cet inspecteur sans problème ni vie privée. Célibataire inconditionnel, il a eu, le temps de deux épisodes, une petite amie, interprétée par une star d'outre-Rhin, Margot Medicus. Devant les protestations outrées de son public, la fiancée a été vite débarquée.

Egalement diffusé le dimanche à 20h50 sur France 3, et sur RTL9 le samedi soir à 20h30 et en semaine à 14h40.

Bouziane DAOUDI , Louis SKORECKI

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