quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Hyènes. Arte, 22h15.

Par Louis SKORECKI — 27 janvier 1997 à 15:20

Djibril Diop Mambety a réalisé en 1972 , vingt ans avant Hyènes, le film le plus beau et le plus important de tout le continent africain, Touki Bouki. Certes il y avait eu avant lui les fulgurances audacieuses et fondatrices de Ousmane Sembene (la Noire de, 1966) mais seul Mambety a su allier les charmes désuets du colonialisme revisité (Joséphine Baker qui chante en boucle son beau Paris), le respect non figé pour les racines et les totems (les cornes d'auroch que son jeune héros enfourche grace à sa moto déguisée) et une manière de filmer qui fait de lui l'égal africain du Godard d'A bout de souffle.

Moins éclatant que Touki Bouki, un film qui n'a eu qu'une diffusion confidentielle malgré sa beauté fauve, Hyènes a eu les honneurs d'une sortie cannoise et parisienne applaudie par la critique unanime. C'est une adaptation «sauvage» de la Visite de la vieille dame de Dürrenmatt, Diop Mambety s'étant aperçu un peu tard que son scénario, inspiré d'un souvenir d'enfance (il y avait ,dans le quartier où habitait, une prostituée qu'on appelait Linguère Ramatou, ce qui signifie l'oiseau noir de la légende pharaonique, l'âme des morts), collait comme deux gouttes d'eau au texte de Dürenmatt. Il réussit, in extremis, à en acquérir les droits. Puis il engage le compositeur sénégalais Wasis Diop dont la belle musique, plus sensuelle qu'authentique, accompagne au mieux ses images dramatiques et stylisées à la fois. A Colobane, une petite bourgade de la banlieue de Dakar, Linguère Ramatou (Ami Diakhate) fait son retour inattendu sous la forme d'une femme riche. Tandis qu'on somnole sous un soleil de plomb, elle comble la ville et ses habitants de ses nombreux cadeaux. En échange, elle exige vengeance pour avoir été, il y a plus de trente ans, abandonnée par son amant du moment, le beau Dramaan Drameh (Mansour Diouf). Djibril Diop Mambety instille doucement son suspense malin, insistant avec une légèreté que ses collègues cinéastes africains ne connaissent guère, sur les ravages du colonialisme français au Sénégal.

Louis SKORECKI

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