quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Journal du séducteur. Canal +, 20h35.

Par Louis SKORECKI — 10 mars 1997 à 23:35

Danièle Dubroux est très douée pour la comédie. Derrière le réalisme onirique de son Journal du séducteur, de loin le film le plus impressionnant de sa courte carrière, on retrouve le rythme farfelu et jouissif des screwball comedies de Hawks ou de Capra. Il ne faut pas chercher ailleurs la raison du succès inattendu de ce mélo très codé. Sautant d'un pré-texte un peu facile, le livre aux pouvoirs magiques de Kierkergaard, le Journal d'un séducteur précisément, à cinq ou six trames secondaires qui se mordent la queue, Dubroux ne se laisse pas aller aux détours obligés qu'elle installe. L'humour, derrière le trop sérieux de ses dialogues, sauve la comédie du convenu ou du second degré. A l'image des tout premiers films de Raul Ruiz, l'Hypothèse du tableau volé par exemple, elle se laisse aller à un calme délire fictionnel anthropophage et communicatif. Faut-il privilégier ici le séducteur raté (merveilleux Matthieu Amalric) ou le séducteur réussi (mignon Melvil Poupaud)? Doit-on s'attacher au parcours d'un psy délirant (Saint Macary) ou à la figure maîtresse d'une grand-mère vampire (étonnante Micheline Presle)? Que faire d'un ami féru de musique hindoue (Jean-Pierre Léaud, possédé par Le Vigan, son maître)? La jolie Claire (si douce Chiara Mastroianni) a-t-elle les secrets de l'amour perdu? Sans aller plus loin dans l'énumération des questions non résolues sur lesquelles repose la magie têtue du Journal du séducteur, on peut hasarder que Lacan y est pour quelque chose. Le plus beau plan de ce film se joue de la fixité réellement folle d'un malade qui confie à la caméra son retour parmi nous. Après le lithium, après un seul mot de Jacques Lacan qui le fait enfin bander, il vient chercher de nouvelles réponses chez un nouveau psy absent. La pleine lune bleutée et la barque solitaire, le mort imprévu dans le congélateur, les squelettes touffus d'une fiction carnivore, voilà autant de raisons profanes d'acquiescer. Ici commence et finit Ordet, le miracle inimitable et le mot inquiet d'une fin impossible.

Louis SKORECKI

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