quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

LA CINQUIEME, 7h45 et 17h20. «Alf», sitcom avec ET domestique. Alf téléphone pas maison.

Par Louis SKORECKI — 22 janvier 1997 à 15:36

Qu'est-ce qui fait le succès non démenti d'Alf depuis une bonne dizaine d'années? Il ne s'agit, après tout, que des aventures répétitives d'un extraterrestre adopté par une famille américaine. Ce sitcom fonctionne comme toutes les autres «comédies de situation»: des rires enregistrés viennent ponctuer, un peu n'importe où, les séquences filmées dans une maison reconstituée en studio. Le show n'a même pas pour lui la fraîcheur des autres sitcoms comme Seinfeld ou Friends, où le plaisir de la VO se mêle à celui de véritables rires des spectateurs, ces séries étant enregistrées devant un véritable public, à l'image de l'ancêtre du genre, le très populaire Cosby Show.

Pourtant, une sorte de magie minimale opère ici, et Alf plaît à la fois aux tout petits et aux grands, réalisant un score d'audience tel qu'il est devenu le best-seller de la Cinquième, qui en diffuse deux épisodes par jour, du lundi au vendredi. Alf (acronyme d'Alien Life Form) s'appelle en réalité Gordon Shumway. Il a atterri, un beau jour, chez la famille Tanner, et n'en a plus bougé, s'y trouvant bien. Son vaisseau spatial avait quitté sa planète in extremis, avant qu'elle n'explose. A Melmac, les habitants sont paisibles, vivent allégrement jusqu'à 300 ans, et ne connaissent qu'une seule agressivité, purement culinaire, qui les conduit à poursuivre et à croquer tout crus d'inoffensifs petits chats. Adorable nabot. L'idée clef du feuilleton, c'est que personne ne doit connaître l'existence d'Alf, car la police le livrerait inévitablement aux autorités supérieures (le FBI, la CIA?) qui ne manqueraient pas de l'enfermer dans une cage, voire de le disséquer vivant. Le petit être poilu se cache donc dans le garage, sous la table, dans la cuisine où son appétit féroce lui fait plus d'une fois dévorer tout le contenu du frigo. Ce nabot adorable est manipulé par des marionnettistes (quand il est en gros plan) et habité par un nain quand il doit marcher en plan général. Il a un charme réel qu'on n'a guère connu à l'écran avant E.T. (un étron paradoxalement charmant), la Guerre des étoiles (le mogwaï qui apprend la sagesse au jeune héritier de la Force) et les féroces Gremlins. Créé par Paul Fusco et Bernie Brillstein ­ les producteurs de SOS fantômes et de Blues Brothers, associés pour l'occasion à Tom Patchett, le scénariste du Muppets Show ­ Alf débarque en 1986 sur NBC où il fait tout de suite un malheur, allant même jusqu'à faire plus d'audience qu'une interview de Mikhaïl Gorbatchev diffusée à la même heure sur une chaîne rivale. Il fut d'ailleurs un temps où la popularité d'Alf était telle que les peluches à son image se vendaient comme des petits pains. Mélange d'ours et de singe. Aujourd'hui, l'extraterrestre poilu aux trois dents de singe continue à faire rire malgré la minceur des scénarios (trois variations: l'inquisition de voisins trop curieux, une excursion hors de la maison, la fréquentation de six ou sept personnes hors de la famille qui ont eu le privilège de le rencontrer). Malgré, aussi, la platitude extrême d'une mise en scène réduite au strict minimum: cuisine, salle à manger, garage, le tout en plans moyens et champs contrechamps lassants. Le mérite en revient aux quatre acteurs qui jouent la famille Tanner (le père, la mère, la fille de 19 ans, le fils d'une douzaine d'années) et, inévitablement, à Gordon Shumway lui-même, ce mélange d'ours et de cochon aux réparties inattendues, à la naïveté non simulée (son usage inconsidéré du téléphone est toujours bienvenu), qui fait éclater plus d'une fois le conservatisme outré de la famille. Dernier atout de taille de la version française d'Alf, un doublage délirant de Roger Carel, qui déguise ici sa voix de manière sournoise et réussie.

Louis SKORECKI

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