quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

La Dame de Shanghai. Ciné Cinéfil, 21h50.

Par Louis SKORECKI — 4 décembre 1996 à 03:35

Deux événements ouvrent la carrière d'Orson Welles, une supercherie radio qui terrifie l'Amérique (l'adaptation très réaliste de la Guerre des mondes de H.G. Wells) et un film, Citizen Kane, qui bouleverse le langage cinématographique de fond en comble. Welles n'a que 25 ans quand la RKO lui laisse écrire, réaliser, interpréter et produire ce premier film qui s'inspire librement de la vie du magnat Hearst. Le scandale politique et artistique est tel que Welles n'aura plus jamais cette liberté.

Marqué par ses débuts d'acteur et de réalisateur de théâ-tre, Welles a appris par coeur l'art de John Ford dans Stagecoach avant de se lancer dans sa première mise en scène. C'est à la fois un classique et un baroque, pour lequel le cinéma est un jouet fabuleux qu'il maîtrise avec génie. Après avoir pris le contre-pied de Citizen Kane dans la Splendeur des Amberson, Welles signe deux autres chefs-d'oeuvre, Macbeth et Othello. Il retrouvera ce film pour un fabuleux et méconnu Filming Othello (1979).

Comment choisir entre la virtuosité décalée de Monsieur Arkadin (1955) et le génie narratif de la Soif du mal (1958)? Longtemps méconnu en France et admiré aux Etats-Unis, la Dame de Shanghai est, en 1948, le chaînon manquant entre ces deux films. C'est à la fois un hymne à la beauté sensuelle de Rita Hayworth (que Welles épousa sans doute plus par provocation que par a-mour) et une manière d'inventer un récit, comme un musicien de jazz improvise à partir d'un thème. Variation tropicale sur la puissance et la manipulation, la Dame de Shanghai oppose et réunit un jeune Orson Welles en costume blanc et une Rita Hayworth en séductrice immaculée.

On y retrouve des citations de thriller et des manières de mélo dans un récit décadré et trituré. Michael O'Hara est un jeune marin joué par un Orson Welles qui se filme comme une diva. Il est entraîné dans un complot digne de Chandler, dans lequel les assassins se révèlent sans qu'on y prenne garde. Un chef-d'oeu-vre de transparence et d'ellipse.

Louis SKORECKI

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