quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

La Femme à abattre. Ciné-Cinéfil, 13h10.

Par Louis SKORECKI — 15 janvier 1997 à 15:59

Entre 1949 et 1951, Raoul Walsh est au sommet de son art. Il signe coup sur coup cinq chefs d'oeuvre: Colorado Territory, un western au noir et blanc implacable (remake du génial High Sierra également signé du grand borgne); White Heat, un polar cauchemardesque et hystérique avec le très grand James Cagney en gangster amoureux de sa vieille mère; Along the Great Divide, un autre western plus aride encore que le premier; Captain Horatio Hornblower, un film d'action maritime au technicholor ardent; et Distant Drums (les Aventures du capitaine Wyatt), le plus beau rôle, si stevensonien, de Gary Cooper. Un sixième film sort en 1951: c'est cette Femme à abattre (The Enforcer), signée par le théâtreux Bretaigne Windust mais dont tout le monde s'accorde à lui reconnaître la vraie paternité, Windust s'étant sans doute révélé incapable de diriger Humphrey Bogart (rappelons que Walsh avait déjà fabuleusement mis en scène Bogart dans The Roaring Twenties (1939), They Drive by Night (1940) et High Sierra (1941).

La femme à abattre est-elle du grand Walsh? C'est en tout cas une oeuvre nerveuse et raffinée que même la VF d'aujourd'hui ne réussit pas à défigurer. Avec de bons seconds rôles (Ted de Corsia, Zero Mostel) et une création particulièrement efficace d'Everett Sloane (Mendoza, le chef de l'organisaton du crime), c'est surtout l'occasion pour Bogart de trouver un rôle moderne, ce district attorney respectable avec noeud papillon qui rappelle le personnage en crise du Violent de Nicholas Ray sorti quelques mois plus tôt. On est loin de ces dandys losers que Hawks et Huston ont contribué à populariser. D'une certaine manière, par sa violence même, le film est un retour aux gangster movies dans lesquels Bogart était de l'autre côté de la barrière.

Avec sa photographie expressionniste (Robert Burks, l'homme à tout faire d'Hitchcock), ses sept flashbacks virtuoses, ses nuits et ses brouillards poétiques, la Femme à abattre est un délice de thriller néo-réaliste.

Louis SKORECKI

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