quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

La Flibustière des Antilles. Ciné Cinémas, 13h20.

Par Louis SKORECKI — 25 mars 1997 à 22:45

Ici s'estime et s'annonce le grand maître de l'horreur invisible, mort seul et mal aimé dans une province française après son exil d'un Hollywood trop cruel, prince de la série B et de la suggestion ambigüe, le méconnu Jacques Tourneur. Alors que son Anne of the Indies débarque aujourd'hui sur Ciné Cinémas, sa Féline s'annonce en nuit blanche pour un week-end splendide sur Ciné Cinéfil. Pourquoi Tourneur est-il si grand? Et si ce n'était pas pour les raisons qu'on annonce un peu partout, à savoir l'art de la suggestion rapprochée qu'il expérimente dans ses très fauchées séries B fantastiques sous la houlette d'un jeune producteur encore inconnu, le précieux Val Lewton? A la revoir, leur Féline est certes fabuleuse de perfection déjouée (tout se joue dans le regard décalé, dans la répétition pressentie du hors champ forclos) mais Anne, la Filibustière des Antilles, lui est mille fois supérieure. Plus tardive, elle exploite avec une avidité carnivore son Technicolor daté, se jouant des pièges du sexe convenu. Rappelons le prétexte: une pirate tombe amoureuse d'un jeune homme sans le vouloir, persuadée qu'elle est tout sauf une femme. A partir de cette idée passe-partout, Tourneur imagine un échange joyeusement inabouti de répliques bavardes et de duels vocaux. Sachant ce qu'il sait (un homme est un homme, une femme idem), il explore hardiment les déguisements d'identités et la trouble résurgence du double. Le sommet de ce film parfait se retrouve, des années après sa première vision éblouie, dans une scène modèle pour un Hollywood abstrait et oublié. Louis Jourdan (l'homme) y reçoit une gifle sanglante de Jean Peters (la femme). Quelques gouttes d'un rouge carmin perlent sur ses lèvres. Se pose alors la question, ici attendue: qui est qui? Sans y répondre jamais, le fils maudit du cosmopolite Maurice Tourneur se réjouit en images rutilantes de cette confusion déguisée. La filibustière et son amant joli auront des rêves à revendre dans l'off inattentu de ce mélo criard ici retrouvé.

Louis SKORECKI

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